Interview

5 minutes avec Arnaud Rebotini

Année chargée pour Arnaud Rebotini. Après son sacre aux César pour la musique du film 120 battements par minute , l’as des synthés a entamé une vaste tournée française et internationale – il était en Asie il y a peu – qui l’a mené sur de nombreux festivals cet été (les Solidays, Calvi ou encore Climax) avant de sortir un nouvel EP Flowers For Algernon dans lequel il rend un hommage vibrant à sa chère TR-909.

Fin septembre, Arnaud Rebotini est revenu à la charge avec une nouvelle bande originale pour Le vent tourne, film réalisé par Bettina Oberli avec Mélanie Thierry en personnage principal. L’histoire d’une agricultrice qui va voir ses valeurs et son couple bouleversés par l’arrivée d’un installateur d’éolienne : “Le thème principal du long métrage tend à faire lien avec la nature, la force des arbres et leur danse dans le vent et à transposer le romantisme des paysages confronté à la dureté du travail agricole. En contre effet, si je puis dire, les éléments électroniques interprétés par des synthétiseurs analogiques vintages donnent puissance et rythme. Ils viennent symboliser la modernité, la levée phallique de l’éolienne – élément déclencheur de l’histoire – autant que ses retombées néfastes comme le nucléaire.”

On a croisé Arnaud Rebotini quelques minutes avant son live au MaMa Festival le mois dernier pour revenir sur cette année dense.
 


 

Le Bombardier : Le vent tourne traite de la recherche d’identité de cette femme, de l’écologie et de solutions alternatives, est-ce que ce sont des thèmes qui t’ont poussés à accepter de composer la musique du film?

Arnaud Rebotini : L’argument du thème n’est pas tellement sur l’écologie. C’est plutôt le contexte très radical de cette utopie qui s’avère ne pas fonctionner. Ce n’est pas spécialement un film très flatteur ni militant. C’est plutôt raconter ce couple et le troisième personnage qui vient le déséquilibrer. C’est plus autour de la féminité, du doute et du questionnement qu’un film politique.
 

Avec Robin Campillo tu avais eu un cahier des charges assez spécifique, comment ça s’est passé pour ce film?

C’était un peu différent parce que je suis arrivé après le tournage contrairement au film de Robin où je suis arrivé au moment du scénario. Bettina Oberli avait déjà de la musique préexistante mais je lui ai proposé complètement autre chose. On a essayé de faire quelque chose qui soit proche de ce que je fais pour les BO c’est à dire un mélange d’électronique et d’acoustique, un petit ensemble de chambre. On a pris le passage le plus important du film, je l’ai mis en musique et ça lui a plu. Ensuite on a tout accordé ensemble.
 

J’ai senti que tu voulais retrouver une certaine liberté de composition et te faire plaisir sur ton nouvel EP.

Oui c’est plutôt juste, j’avais envie de faire des morceaux très clubs pour ce label que j’aime bien. Je leur ai proposé cet EP et ça leur a plu.
 

Ta notoriété a fait plusieurs bonds en avant avec 120 battements par minutes et ce César, est-ce que concrètement cela a changé quelque chose pour toi?

Pas énormément. Effectivement, la notoriété a changé. Ça fait déjà 20 ans que je suis là donc effectivement ça a donné un coup de boost, notamment au niveau du grand public. Depuis que j’ai eu le césar on ne m’a pas contacté pour faire de nouveaux films. J’en ai refusé un et j’en ai fait deux, mais c’étaient des projets pour lesquels on m’avait contacté avant.
 

J’ai lu que tu avais un peu souffert de l’image qu’on avait pu t’attribuer, que ce soit avant ou après la remise du César.

Après voilà, les gens captent un truc qui est une vision un peu caricaturale de ce qu’on est.

Je suis passé d’un gars au physique de rugbyman avec un gros son à un gros nounours sensible en l’espace de 30 secondes.

 

Il y a actuellement une campagne pour lutter contre les agressions homophobes, où te places-tu dans ce contexte?

C’est très dur de lutter contre la bêtise. Il faut que la justice soit intraitable avec ce genre d’actions aussi bien homophobes que racistes et qui viennent de gens de n’importe quel milieu. Est ce qu’il y a une résurgence ou est ce qu’on en parle plus, je pense que c’est peut-être plus facile de s’assumer maintenant. Il y avait beaucoup de gars qui étaient au placard qui se cachaient, maintenant c’est un peu différent. Aujourd’hui on peut porter plainte et ne pas passer pour je ne sais quoi donc du coup, au moins on les voit et on les signale et ça c’est important.
 

Quelle serait la prochaine étape qu’on pourrait te souhaiter?

De continuer. De faire des musiques de film et des disques. Si on refait un film avec Robin je serai très heureux.
 

Un seul synthé à emporter sur une île?

Le SH-101 parce qu’il est tout petit. C’est le synthé qui m’accompagne depuis toujours.
 

Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment?

Quand je fais des DJ sets j’écoute un peu les nouveautés electro/club. Sinon, j’écoute pas mal de musique à la maison mais pas beaucoup d’électro en fait. Beaucoup de folk, de soul. Je dis folk à la place de country maintenant, ça fait moins peur.
 

Le vent tourne est disponible via Blackstrobe Records.
Flowers for Algernon est disponible via OFF Recordings.

Arnaud Rebotini en concert :
28/11/18 : Orléans – Scène Nationale d’Orléans – Fix Me
30/11/18 : Arles – Cargo de Nuit
05/12/18 : Quito (EQ) – Festival Marsatac
14/12/18 : Brest – La Carène
15/12/18 : Montpellier – Festival I Love Techno (DJ set B2B The Hacker)