Interview

5 minutes avec… R.O & Konoba

Photo : Lou Elboud

Comme quelques belles histoires, celle de R.O & Konoba a commencé sur Internet. Après leur premier single “On Our Knees” paru en 2015 (et qui comptabilise à ce jour plus de 23 millions de vues sur YouTube) et leur premier EP Elle sorti en ce début d’année, le producteur R.O alias Olivier Rugi et le multi-instrumentiste et chanteur Konoba alias Raphaël Esterhazy se sont lancés dans une nouvelle aventure. Celle de “Project 10” qui consiste à visiter, composer et à tourner dans dix pays différents en dix mois pour sortir à chaque fin de voyage un nouveau morceau et un clip inspirés par le pays en question.

Si le duo s’articule autour d‘une complémentarité bien visible sur scène, c’est surtout par le mélange et la déconstruction des genres que R.O & Konoba se distinguent. De la voix éthérée et planante de Konoba aux beats efficaces et limpides de R.O, les deux musiciens se permettent de divaguer entre pop électronique inspirée par la trip-hop ou encore le r’n’b, le tout en conservant son essence, à savoir des compositions et des mélodies qui marquent les mémoires.

On a rencontré le duo juste après son concert sur la scène du Palais Royal de Bruxelles lors du BSF en août dernier pour leur poser quelques questions sur Project 10 et leur prochaine venue en France à l’occasion du MaMa Festival.

Le Bombardier : L’ordi a chauffé?

Olivier (R.O) : L’ordi a chauffé ! Il était en plein soleil et au milieu du concert on a eu un tout petit souci technique mais c’est vite passé.

Je vous connaissais à une petite échelle étant française, quand j’ai parlé de vous à mes amis belges, tout le monde vous connaissait. Tout le monde vous connaît en Belgique?

Raphaël (Konoba) : Ça commence ! Ça fait deux ans qu’on tourne pas mal et on passe en radio donc on est encore au début on va dire mais on commence à avoir une certaine notoriété ici et ça commence à s’étendre en dehors de la Belgique, donc ça fait plaisir.

Comment vous êtes-vous rencontrés?

Raphaël : J’ai découvert R.O sur SoundCloud. J’ai envoyé un message à Olivier qui faisait des mashups de morceaux belges en utilisant aussi des sons de la vie de tous les jours à l’époque. Je trouvais ça intéressant. Il a écouté les sons que je lui avais envoyés et on a commencé très naturellement à bosser ensemble. On a eu un bon feeling artistique et on a continué.

Qui a eu l’idée de Project 10?

Raphaël : Je pense que j’ai eu l’idée de base. On a vu qu’on avait des gens qui nous écoutaient un peu partout dans le monde. Et dans certains pays plus que d’autres. Il y a vraiment une concentration de vues et de fans dans certains pays et on s’est dit qu’il fallait absolument qu’on y aille. On n’avait pas envie de faire une tournée traditionnelle où on enchaînait les dates et revenir, on avait vraiment envie de passer du temps dans le pays et de rencontrer des gens, collaborer avec des artistes. A force de discuter j’ai proposé l’idée de voyager pendant quelques mois en faisant un pays par mois et puis de là le projet est né. Dix mois, dix pays, dix chansons, chaque mois on fait un pays différent et à la fin de chaque mois on sort un nouveau morceau.

Vous avez l’air de bien marcher notamment dans les pays de l’Est, en Pologne, en Géorgie… Il y a une explication?

Olivier : Pas vraiment non. Je pense qu’ils sont plus consommateurs que d’autres parce qu’ils ont peut-être moins de propositions dans leurs pays. Nous on a une scène saturée ou en tout cas avec des artistes très bons et je pense qu’en Pologne c’est un peu moins le cas. Du coup, quand tu es un étranger et que tu arrives là-bas, tu fais l’effort de venir donc ça leur plaît et j’ai l’impression qu’ils sont plus intéressés et curieux des nouvelles musiques ou des musiques alternatives que nous où on a plus l’habitude.

Raphaël :

Que ce soit en Angleterre, en France ou en Belgique, les marchés sont saturés, il y a tellement de musique que les gens sont un peu blasés.

Là-bas justement les marchés s’ouvrent et peu d’artistes vont là-bas. Donc du fait qu’on s’intéresse à eux et qu’on aille jouer chez-eux, je crois que quelque chose de fort s’est passé. Et puis on fait de la bonne musique hein, voilà ! On essaie en tout cas.

Vous avez passé un mois en France, vous avez joué avec Holy Two, Fakear, HollySiz, comment ça s’est passé?

Raphaël : On a fait aussi le Chorus Festival à Paris. C’était vraiment chouette. On a fait que des chouettes scènes et tout le monde était enthousiaste. Je pense que c’est le début de chouettes choses en France en tout cas. On va jouer au MaMa au mois d’octobre !

Vous sentez un accueil différent selon les pays j’imagine?

Olivier : C’est difficile à juger parce qu’en Belgique on est chez-nous et on sait que les gens nous écoutent. C’est clair qu’on a une ambiance de feu quand on joue à domicile et que c’est différent quand on débarque dans un autre pays où les gens ne nous connaissent pas. Mais on a déjà été agréablement surpris, on a eu des super publics en France.

Musicalement j’ai l’impression de vous redécouvrir à chaque nouveau morceau que vous sortez.

Olivier : C’est ce qu’on essaie de faire. On a toujours envie d’explorer des choses et on est assez polyvalents dans ce qu’on écoute. On écoute à la fois du hip-hop très vénère, des sons acoustiques, du métal, plein d’électronique. Donc on a envie d’expérimenter et dès qu’on est sur un quelque chose qui nous plaît, on avance et on fait le morceau sans réfléchir à la cohérence, car au final on retrouve toujours la voix de Raphaël et mes sons. Mais dans le style, il n’y a pas d’intention de départ. On compose, on fait de la musique, et en fonction des influences du moment ça sort différemment.

Vous avez quelques rituels de composition?

Raphaël : Pareil, soit je propose quelques accords de guitare ou des textes et Raphaël va embrayer avec une mélodie dessus, soit un beat ou un synthé, je vais repartir dessus…

Olivier : Pour “Hold Me” c’est Raphaël qui a composé le piano-voix et j’ai tout articulé autour. Et par contre “Too Much Too Soon” j’ai commencé à le composer dans la voiture quand on était en voyage en Allemagne et Raphaël aimait bien. C’est un genre de ping-pong constant jusqu’à ce qu’on soit satisfaits.

Quelle est la prochaine étape pour vous? On peut imaginer un album qui va sortir à la suite de ce Project 10?

Raphaël : Oui, c’est l’idée. On va rentrer avec un album et vu qu’on fait plus d’un morceau par mois parce qu’on fait plein de sous-projets, on a par exemple composé un morceau à Berlin avec des sons de la ville, un autre en Pologne qui n’est pas encore sorti. Donc on va rentrer après dix mois de projet avec une quinzaine de morceaux dans la boîte et donc un album prêt à sortir.

Donc pour début 2019?

Raphaël : Oui, on rentre fin février donc l’album sortira probablement dans la foulée.

Qu’est-ce qu’il vous reste comme pays?

Olivier : Le Canada, le Japon, l’Australie, la Géorgie.

Raphaël : Un dernier mois où on n’a pas encore décidé où on va aller à 100%.

Quelle est la plus belle scène que vous avez faite cette année?

Olivier :

C’était clairement en Géorgie devant 20000 personnes juste avant Tom Odell. Tout le monde chantait, filmait et était à bloc comme si on était les Beatles.

Raphaël : C’était incroyable. Jouer en tête d’affiche d’un festival devant autant de monde qui chante en chœur les chansons c’est ce dont on rêve quand on commence à faire de la musique. En tout cas c’est encourageant.

Vous avez le temps d’écouter des nouvelles choses en ce moment?

Raphaël : On a plein de temps ! On a fait 18000 kilomètres en quatre mois !

Olivier : Après je ne sais pas si on est totalement up to date sur les derniers trucs sortis parce qu’on n’écoute pas vraiment la radio, on est plutôt sur Spotify et on écoute ce qu’on a envie d’écouter. En ce moment, beaucoup de hip-hop pour être honnête, pas mal d’électronique.

Raphaël : C’est vrai que le rap belge et français ont la part belle dans la voiture.

Olivier : Les Français sont solides ! Alpha Wann, Josman… C’est ce qu’on écoute le plus.

Raphaël : En belge c’est plutôt Damso.
R.O & Konoba seront en concert à Paris le 17 octobre à l’occasion du MaMa Festival (event).

Le single “Roll The Dice” et l’EP Elle sont disponibles via R.O & Konoba/Alter-K.