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Apollo Noir : De la terreur à l’intensité musicale

Apollo Noir. Il doit son nom aux Bois Noirs de sa région auvergnate et à sa passion pour la conquête spatiale. Avec son premier album A/N, Apollo Noir nous invite à un voyage avant-gardiste, sauvage et sentimental.

 

En août 2016,  Jean-Marie Pottier ouvrait son livre Ground Zero : une histoire musicale du 11 septembre par une citation du compositeur américain Leonard Bernstein prononcée à la suite de l’assistanat de J.F Kennedy : « Telle sera notre réponse à la violence : jouer de la musique avec encore plus d’intensité, plus de beauté et de dévouement. Pour Apollo Noir, ce sont les attentats du Bataclan du 13 novembre 2015 qui l’ont poussé à ressortir ses vieux synthés et à composer dans l’urgence – trois mois exactement – son premier album sobrement intitulé A/N.

Alors, si l’art peut paraître dérisoire face à ces moments de terreur, certains réagissent par la création : non forcément pour conférer une signification particulière à l’événement mais pour refuser de sombrer dans l’incompréhension. Ainsi, les douze morceaux qui constituent ce premier album se révèlent à double-tranchant, tantôt épris d’une violence singulière, tantôt polarisés d’un humanisme et d’un amour certain. Ce n’est pas un hasard si les premiers titres qu’Apollo Noir a finalisé se nomment  « P4R15 » et « Post Rejecto » : le premier dévoile un hommage vibrant, le second, un cri de colère accompagné de beats résonnant comme un cœur angoissé.

« J’aime scruter chaque petite partie de vos visages
Vous bouffer du regard
Je n’en laisse jamais une miette ou un millimètre
Chaque jour passé à vos côtés
J’essaie de m’améliorer pour pouvoir vous mériter »

 

Mi-industrielle, mi-ambient, les mots sont peu de choses face à la musique d’Apollo Noir qu’il nourrit de ses espoirs et de sa sensibilité. Avec cette idée toutefois, qui nous traverse à plusieurs reprises en écoutant son album :  que du pire, peut finalement surgir le meilleur. On a rencontré Apollo Noir pour lui poser quelques questions sur sa création. En fin d’article, il partage pour Le Bombardier une playlist exclusive de ses écoutes du moment et de ses incontournables.

 

Le Bombardier : A/N est sorti depuis deux mois, quels sont les retours que tu as eu jusque là?

Apollo Noir : Il faut savoir que quand j’ai composé ce disque je n’avais pas du tout prévu de le sortir et de le défendre sur scène. De fil en aiguille, en le faisant écouter à quelques potes, on m’a boosté pour le faire écouter à des labels. J’ai commencé à me faire une petite liste, le truc un peu rêvé d’ado. Le premier label de la liste était Tigersushi et c’est le seul label que j’ai contacté. J’ai envoyé un mail à Joakim sur sa page Facebook et il m’a répondu tout de suite en me disant que c’était super bien et me demandant si l’on pouvait se voir. C’était en avril dernier, il y a un an. Il a super accroché à l’album. Il y a eu un petit peu de presse spécialisée qui s’est intéressée au projet et vu que je n’attendais rien, j’étais surpris à chaque fois. Il y a eu des lives qui se sont mis en place et c’était super aussi. Pareil, je ne voulais pas vraiment faire de live mais en commençant à jouer deux-trois trucs j’ai vu que ça marchait bien, donc j’ai accepté l’idée. Je viens de signer avec Kongfuzi comme tourneur et j’en suis très content, je les suis depuis des années étant issu de la scène post-hardcore/grind.
 

Tu as composé cet album après les attentats du 13 novembre, c’était un cri, un besoin?

Ça faisait 10 ans que je voulais faire de la musique. J’avais commencé à faire quelques morceaux ambient mais jamais sans réussir à pousser jusqu’au bout. Je n’étais pas encore prêt, je me laissais le temps. Quand il y a eu les attentats, ma femme et un ami étaient tout près du Bataclan alors que j’étais chez-moi à regarder Alien, le cliché. J’ai vu toutes les notifications tomber sur Facebook et eu un gros coup de stress. Dans ce genre de moment tu commences à te projeter et à partir dans des délires. Ma femme et mon ami sont arrivés à la maison vers 5h du matin, on a passé trois jours à la maison sans sortir. Le lendemain, j’ai commencé à faire de la musique et j’ai composé « P4R15 » et « Post Rejecto ». Et là ça commençait à tenir la route. Ça faisait écho avec ce que j’avais composé avant et en trois semaines j’avais le squelette de l’album. Je ne sais pas si c’était une thérapie mais en tout cas ça m’a mis dans une énorme sensibilité humaine.

J’étais entre la haine, l’incompréhension, l’acceptation, l’amour, c’était très dense en terme d’émotions. Tout ça mélangé a fait cet album.


 

Tu as composé ton album en home-studio?

Je l’ai fait chez-moi oui. Le squelette de l’album a été composé en trois semaines et pendant les deux mois qui ont suivi je suis revenu sur certaines parties. J’ai aussi mixé l’album moi-même, c’est sur ce point que j’ai pris le plus de temps. J’avais surtout besoin d’un recul nécessaire pour éditer quelques parties et affiner le mix.
 

Tu viens donc d’un univers post-hardcore/grind, comment en vient-on à la musique électronique?

Pour moi c’est hyper proche. Je conçois la musique électronique comme une musique de chambre, au même titre que la musique garage de quand j’avais des groupes de punk. On jouait dans le garage de mes parents. Maintenant je joue dans mon salon mais c’est quasiment pareil. Quand je répétais avec ma batterie lorsque je vivais à la campagne, je pouvais faire du bruit. C’est lorsque je suis arrivé à Paris il y a maintenant une dizaine d’années que j’ai commencé à acheter mes premiers synthétiseurs et mes premières boîtes à rythme. A l’époque, ce n’était plus trop à la mode, ou en tout cas il y avait très peu de documentation. J’ai mis longtemps à trouver toutes les ficelles pour savoir comment monter ce que je voulais. En y réfléchissant, j’ai du prendre 10 ans, jusqu’à cet album pour réussir à avoir un système complet qui me permette de faire tout ça.
 

Qu’est-ce qu’il y a dans ton studio? J’ai vu qu’il y avait pas mal de TR impliquées.

C’est vrai qu’il y a pas mal de boîtes à rythmes chez-moi, peut-être parce que je suis batteur à la base. C’est tellement obsolète dans le sens où aujourd’hui tout le monde te dit « tu peux faire ça avec un ordi, pourquoi tu te fais chier avec tout ça? ». Mais ça sonne tellement 10 fois plus la guerre, ça n’a rien à voir! Sur scène j’ai une TR-909 et pas mal de gens me disent que c’est violent. Le synthé que j’ai le plus utilisé sur tout l’album, c’est un Jupiter-8 qui était mon synthé de rêve depuis mes 15 ans. Je l’ai eu juste avant de composer A/N, ça m’a vachement aidé aussi. C’est un clone d’un Arp-2600 qui est un synthé semi-modulaire. Avec la TR-909 et 808, ce sont les deux pièces maitresses que j’ai utilisées sur toutes les chansons de l’album. Il y en a d’autres, je pourrais parler de matériel pendant des heures.
 

Qu’est-ce que tu utilises en live?

Il n’y a pas d’ordi parce que je n’en ai pas besoin. Je me suis pas mal tiré les cheveux pendant que j’ai monté le live. Au début j’avais des samplers mais ça ne me plaisait pas parce que c’était trop fermé. Maintenant, j’utilise un séquenceur qui me permet de piloter deux synthés, ma TR-909 joue toute seule et j’ai un synthé polyphonique pour jouer des nappes et quelques effets. Du coup le set-up live est assez consistant.
 

Tu joues ce soir en première partie de Nathan Fake, qu’est ce que ça t’évoque?

C’est marrant parce qu’il y a six ans je me suis mis dans le langage et le développement web. Je n’étais pas très geek et technique avant ça, hormis dans la musique. Je n’étais pas très concentré pour faire des trucs jusqu’au bout tout le temps.

Quand je me suis mis là-dedans, j’ai découvert Nathan Fake et c’était les maths dans ma tête, dans la musique et dans ce que je faisais sur mes sites Internet.

Ça m’a mis une grosse claque car il y a un côté musique dansante mais hyper intelligente en même temps et à la limite de l’expérimental qui m’a vraiment parlé.
 

Comment décritais-tu ta musique? Je la trouve bipolaire.

C’est vrai qu’il y a un côté qui est influencé par mes inspirations de mes années punk, hardcore, grind, métal et tout ce que tu veux. Je pense que ça se ressent déjà dans le live et aussi en studio où je peux pousser plutôt loin. La phase ambiante est pour moi plus proche du psychédélisme. J’adore la musique psychédélique et la drone, toutes les musiques un peu lentes qui partent même sur le new-age. C’est une rencontre entre deux univers qui sont opposés.

Je crois que c’est parce que je suis comme ça, j’ai deux personnalités. Je ne fais pas de yoga mais j’aime bien me poser des heures à rien faire pour lâcher prise.

 

Quels sont tes projets pour les mois à venir?

Comme je ne m’y attendais pas, l’été dernier j’ai commencé à travailler sur un deuxième album sans que le premier soit sorti. Donc j’ai d’après moi composé mon deuxième album. Enfin c’est beaucoup trop tôt, je ne devrais même pas en parler! La nouvelle principale c’est que j’ai donc signé avec Kongfuzi donc je vais beaucoup tourner à priori, j’espère. J’ai de la musique qui va sortir, j’ai composé un morceau de 22 minutes. Je rêve de faire de la musique pour un film de science-fiction. Cette année va principalement être tournée autour du live, peut-être autour des remixes, on me propose en ce moment d’en faire quelques uns. Je ne suis pas trop dans une culture club même si j’aime beaucoup la techno et les textures sèches, assez dures et même dansantes. Mais on me le propose et je m’amuse plutôt à le faire donc à priori quelques remixes vont sortir cette année.
 

Des personnes avec qui tu aimerais travailler ou remixer?

J’ai une collaboration qui doit se lancer à partir du mois de juin avec un artiste qui s’appelle Serguei Spoutnik. C’est le gars qui fait mes clips. Il joue dans un groupe que j’adore qui s’appelle Quadrupède, c’est un duo guitare/batterie avec des synthétiseurs, de math-rock, très technique. On s’est dit qu’on allait faire de la musique ensemble. Avec Joakim on a aussi passé une demie-journée à travailler ensemble donc on va voir. Ma femme est chanteuse et on a commencé à envisager de mettre du chant sur quelques morceaux d’Apollo Noir et ça marche bien. On m’a récemment proposé de faire une improvisation avec 30 choristes et ça me plait plutôt bien. Je voudrais essayer de ne pas rester dans mon univers, c’est important. Pourquoi pas rencontrer des gens d’autres pays, d’autres cultures.

J’ai envie d’être ouvert sur ce que je peux faire tout en étant toujours très pointu et sans pitié.

 

Retrouvez la playlist d’Apollo Noir :

(Pour jouer la playlist dans son intégralité, préférez la source YouTube)

 

A/N est disponible depuis le 3 mars sur Tigersushi Records.

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