Interview

Christine : « Tu écoutes un EP comme quand tu bouffes du jambon dégueulasse »

Christine par Olivier Bonnet

L’aventure Christine a démarré au quart de tour en 2011. Une ascension fulgurante les fait apparaître dans de festivals prestigieux comme le Printemps de Bourges et les Transmusicales de Rennes. Le duo, composé à l’origine de Nicolas Lerille et Stéphane Delplanque a également multiplié les EP’s à succès tels que Death On Wheels et Ecstatic Sole.

Christine était fatiguée par l’autoroute. Elle a préféré emprunter une route libre, celle de leur label Mouton Noir Records que le duo rouennais a lancé en 2015 après un changement de co-pilote avec Martin Blanche. Vient ensuite leur très attendu premier long-format Atom From Heart sorti le 17 février. Alors qu’ils entament une tournée dans toute la France, notamment ce soir au Pop-Up du Label (déjà complet), nous les avons interviewés pour connaître le goût de cette nouvelle voie libre.

La sortie de l’album a eu lieu sur votre propre label, quels ont été les changements essentiels entre vos anciens labels et Mouton Noir?

Nico : Ça nous a permis d’être totalement indépendants. Déjà financièrement sur l’ensemble des investissements sur nos projets en tant que Christine mais aussi pour les projets qu’on signe au sein de Mouton Noir. C’était ça le but. On a aussi monté un studio d’enregistrement qui nous a permis d’être dedans pendant un an et demi. On a pu travailler comme on le voulait et en faire profiter d’autres artistes qu’on aime bien, des jeunes qu’on a pu repérer ou croiser, dont le jeune groupe Brook Line avec qui on travaille et qu’on a signé sur le label. Comme souvent en label on ne choisit pas quand sortir nos disques, les collaborations qu’on veut faire, c’était important pour nous de faire ce que l’on voulait.

Ça a été une étape difficile ou c’était une libération positive?

Nico : Ouais ouais ça a été une grosse libération. Après on ne s’attendait pas à autant de paperasse administrative. En ce moment Martin est en train de remplir le rapport de stage de la stagiaire qui nous a pas mal aidés pendant les deux mois qui ont précédé la sortie de l’album.

Martin : Ce qui est cool dans un sens c’est qu’on prend une indépendance totale donc on récupère la totale liberté sur le projet. Quand tu arrives, tu es utopiste et on te dit qu’il faut remplir tel et tel papier, tu passes deux heures par jour à regarder ton courrier et à bien filtrer pour ne pas laisser passer des infos à la con qui pourraient te mettre dans la merde. Du coup ça a été très long à mettre en place, ça a été quelques mois à se formater à un schéma qui fait plus entreprise.

Christine par Olivier Bonnet

Il y a eu effectivement le changement de line-up avec le départ de Stéphane et l’arrivée de Martin mais on reconnait de loin la patte singulière de Christine, comment vous l’expliquez?

Nico : Parce que c’est moi concrètement qui ai toujours produit la musique. Il y a donc eu cette volonté de créer notre propre studio d’enregistrement, ce qui a été un gros taf qui nous a pas mal occupés.

 

J’ai pu continuer à aller dans le sens des productions que je faisais depuis le début. J’y ai mis une touche un peu plus personnelle pour faire des morceaux un peu plus mélodieux et un peu moins nerveux.

 

Martin s’occupe de toute la partie graphique. Il ne fait pas forcément de la composition mais son avis pour la création des morceaux compte aussi. Tout seul, ce n’est jamais évident.

Comment s’est passée la composition de l’album?

Nico : Ça a mis deux ans dont un an et demi en studio. En parallèle on a composé la BO du film Sam Was Here de Christophe Deroo qui sort au printemps. De là s’est écoulé l’album, ça nous avait mis dans un mood de créer un long format donc on s’est vite retrouvés avec une vingtaine de morceaux. Par exemple Atom From Heart, le premier morceau de l’album, ce n’était qu’un titre de la BO à a base. Donc il y a eu la BO puis l’album.


Vous êtes plutôt analogique ou numérique?

Un mélange des deux. C’est le studio qui nous a permis ça encore une fois. On est beaucoup sur du numérique forcément avec un gros ordi, plein de plug-ins d’instruments virtuels mais on a aussi des synthés et des instruments qui vont avec. On a fait beaucoup de Juno 106 sur l’album. Je joue de la guitare aussi donc j’ai enregistré toutes les prises de guitare. On a pu enregistrer aussi nos propres voix ou nos propres chanteurs comme sur le morceau Over The Top avec Maxime qui est un petit gars de Rouen qui avait un groupe de punk/rock assez cool qui s’appelait The Elektrocution pendant une dizaine d’années. Ça nous a permis de faire tout ça tranquillement.

Vous êtes fréquemment liés à la French Touch, qu’est-ce que vous pensez de cette scène à l’heure actuelle?

Nico : Elle est un petit peu pauvre, je dirais. C’est compliqué, je trouve qu’il n’y a pas grand chose de très excitant. Il y a Mr Oizo qu’on trouve toujours génial mais en même temps il est un indépendant des modes, ça fait 20 ans qu’il est là sans s’occuper trop du reste et ça marche.

Martin : On a aussi une image de la French Touch avec les premiers Justice, à l’époque de We Are You Friends par exemple. Aujourd’hui la French Touch a tellement évolué dans de nouvelles directions, sur des choses beaucoup plus mélodiques et moins banging.

 

C’est vrai que pour nous c’est compliqué de mettre Christine dans une seule et même famille parce qu’on touche à énormément de choses. C’est se placer dans une famille qui aujourd’hui ne nous correspond peut-être plus autant qu’à une certaine époque.

 

Christine par Olivier Bonnet

D’ailleurs, vous ne pensez pas que le genre mériterait à être remis un peu au goût du jour?

Martin : On a vraiment cette impression que les artistes déclencheurs de la French Touch ont peur de garder le style qui ont fait d’eux les vedettes qu’on connait encore aujourd’hui et qu’ils veulent maintenant correspondre à une certaine mode. Les artistes ne se mouillent plus. Ils ont peur de l’échec mais ils perdent aussi leur public, c’est dommage.

Par rapport au titre Lost Generation, vous vous sentez perdus?

Nico : Un peu ouais. Je crois que c’est mon préféré ce titre-là. Quand je découvrais la trip-hop et la musique électronique fin des années 90 et début 2000 des mecs comme DJ Shadow, DJ Cam, etc, je trouvais ça incroyable. Ca a été le futur et un refuge pour moi. Aujourd’hui tout ça a disparu mais tout ça c’est d’une manière globale. Il y a une certaine nostalgie de cette période d’insouciance qui m’a énormément marquée dans ma culture musicale.

Martin :

 

Ce morceau c’est aussi nos interrogations par rapport avec ce qui nous entoure aujourd’hui. La musique est tellement formatée pour une consommation standard, tu achètes un album ou tu écoutes un EP sur Deezer comme quand tu bouffes ton jambon dégueulasse que tu as acheté à Inter.

 

Il y a finalement ce rapport de consommation des nouvelles générations qui se répercute sur la musique. On a l’impression que les modes vont beaucoup plus vite qu’avant, qu’il y a moins de perspectives d’avenir. C’est beaucoup de remises en question à faire. Nous on le sait de par la musique mais c’est aussi le constat qu’on fait dans notre environnement. Sans être non plus engagés envers je ne sais quelle cause, on a quand même des thèmes qu’on a à cœur et qu’on a essayé de retranscrire avec ce genre de morceau. L’évolution et la consommation vont tellement vite, on se demande ce que ça va être pour les générations futures. Nous, on a encore la chance de se dire qu’on était nés dans ce mouvement-là, qu’on a découvert cette musique là, ou cette culture-là bien précise. Aujourd’hui les modes durent des semaines voire des mois. Il y a un niveau d’information qui est fou. Mais on se demande ce que les générations futures vont garder de tout ça.

Tu peux écouter un single en boucle pendant une semaine mais au final, qu’est-ce que tu vas retenir de la musique et de l’art qui t’entoure?

 


L’esthétique d’un groupe est aussi importante que sa musique?

Martin : Oui.

Nico : On est contents d’avoir un vrai univers, justement pour contre-balancer le côté consommable où on met le visuel à a mode du moment, on balance ça partout et ça va marcher.

Martin : Pour Christine, il y a toujours cette facilité avec la référence à Stephen King ou à John Carpenter. Directement c’est assez propice au développement d’un univers graphique et visuel. Le style cinématographique des années 80 et 90 qui entourent l’univers de Christine devient presque logique, ce sont les bases de nos lives et de nos pochettes.

Nico : Ça nous a vraiment marqué. Les années 2000 on n’en retient pas grand chose, les années 2010 non plus.

Martin : En fait on a fait un gros blackout depuis 2000. Ce qui est ancré dans l’univers de Christine c’est finalement ce qui demeure de notre propre culture. Et c’est pour ça que visuellement ça va très bien avec notre musique. C’est ce côté un peu granuleux 80’s qui donne encore plus de grain à nos compositions.

Comment s’annoncent vos concerts? Une tournée pour 2017?

Nico : Oui c’est en train de se monter, notre bookeur est en train de travailler dessus. On a une dizaine de dates de confirmées jusqu’au mois de juin. Ça vient de sortir donc ça va venir.

Martin : On va essayer d’aller un peu partout en France et puis aussi aller voir ce qui se passe à l’étranger.

Il paraît que votre album va être distribué aux Etats-Unis? C’était une prochaine étape clairement définie pour vous?

Nico : Il est déjà distribué, le contrat a été signé il y a une semaine ou deux. La sortie française a été synchronisée avec la sortie américaine. Du coup on a un contrat de licence avec Uprise Music qui est un petit label de Phase One Network. Ils ont sorti notre dernier single qui fait aussi partie de l’album. Le morceau leur plaisait à mort ils ont voulu s’en occuper sur leur territoire, c’est à dire les Etats-Unis et le Canada. On fait le reste avec notre label mais là-bas on ne maîtrise pas, on n’est pas présent, on n’a pas forcément les contacts et eux nous permettent de le faire. On est contents. On espère y faire des dates d’ailleurs.


Concernant votre date au Pop-up du label, vous connaissiez déjà Greg Kozo et Verlatour?

Nico : Ouais, c’est deux copains d’assez longue date avec qui on se croisait depuis le début de Christine. Greg Kozo faisait partie de Make The Girl Dance et maintenant je suis vraiment devenu copain avec Greg qui a monté son projet solo et qui fait aussi de la réal vidéo de clips. Du coup on a tourné notre dernier clip il y a deux semaines avec lui, ça va sortir dans un mois. Pour Jocelyn, on s’est croisés au Printemps de Bourges, il faisait partie de The Name à l’époque, ils faisaient la BO de Bref sur Canal, et pareil c’est un mec super cool. Au final des mecs cools sur les dates, on n’en rencontre pas tant que ça.

Martin : Oh la violence! Mais tu es insupportable aussi Nicolas.


Quelle est la meilleure situation pour écouter votre album?

Nico : Oh bah je crois qu’en voiture c’est plutôt cool. Sinon après quelques verres pendant l’apéro ça commence à être sympa. On a essayé justement de faire en sorte que cet album s’écoute aussi en salon, qu’il ne soit pas seulement orienté clubs qu’on fréquente moins.

 

Pour moi, le format album devait se rendre plus cohérent à une écoute tranquille au casque, en marchant dans la rue ou en allant au boulot.

 

 

Pré-interview Jack, savez-vous sur quel continent vous êtes le plus écouté d’après Spotify?

Martin : Oui je crois qu’après l’Europe c’est les Etats-Unis.


Loupé. C’est au Mexique et dans l’Amérique du Sud que ça se passe en ce moment.

Martin : Sérieux? Ce n’était pas ça il y a deux mois, c’est cool et pas si surprenant.

Nico : On a joué deux fois au Mexique et c’est vrai que c’est un public qui est assez demandeur de musique, de découvertes et de culture en général. On a choppé des fans assez virulents.


Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment?

Martin : Rien! Plus de musique! On est encore en train d’écouter du Christine parce qu’on prépare le live.

Nico : On écoute un peu d’Oizoet de Vitalic. Là j’ai téléchargé le dernier Electric Guest donc j’espère qu’il est bien. Et j’aime bien Paradis aussi, Toi et moi.


Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter comme cadeau de renaissance?

Nico : Que la renaissance soit longue et sereine.

Martin : L’accouchement a été dur mais c’est là, on l’a, putain. C’était un peu semé d’embûches.

Nico :

 

Mais que la route soit à nouveau longue et sereine.

 

Martin : Mais arrête de me regarder dans les yeux quand tu dis ça!

Nico : Mais c’est vrai qu’au début de Christine c’est allé assez vite et on ne s’est pas posés trop de questions. Au final la plupart des groupes arrêtent au bout de 3 ou 4 ans parce que ça ne devient plus assez…

Martin : Bandant disons.

Nico : Oui. On s’entend moins bien avec les potes, c’est parfois compliqué, il y a plus de stress, donc justement l’important c’est de savoir comment on fait pour continuer, qu’est-ce qu’on a envie de faire pour continuer et souvent ça se conclut soit par un changement de label soit par un split du groupe.

Martin : Là il y a eu les deux donc on est parés!

Atom From Heart est disponible depuis le 17 février sur Mouton Noir.

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