Interview

Das Mörtal, votre nouvelle dose de synthwave

Après avoir partagé “Midnight Rendez-Vous” et “Risking My Life”, deux extraits de son nouvel album Always Loved à paraître le 9 juin prochain, Das Mörtal nous convie le 18 mai à La Boule Noire en compagnie de Dukes Of Paris et Jéopardie pour une soirée qui promet son lot de surprises.

Suite à l’avènement de Kavinsky, Carpenter Brut et autre consorts, on pensait que la synthwave nous avait tout donné. C’était sans compter son retour en force cette année, notamment sur nos écrans avec le nouveau Blade Runner en préparation. Du côté des sorties musicales, des petits nouveaux comme Christine s’amusent à remettre à jour les codes du genre tout en conservant une esthétique 80’s brumeuse mais polie. Le retour de l’un de ses fondateurs également, College aka David Grellier (moitié de Sexy Sushi), vient de sortir un nouvel album dépaysant intitulé Shanghaï.

On s’intéresse aujourd’hui à l’un de ses homologues canadiens, à savoir Das Mörtal qui vous l’aurez compris n’a d’allemand que la sonorité que l’on veut bien lui attribuer. Pour le reste, Cristóbal Cortes est né au Chili non loin de Santiago, alors qu’il a passé son enfance à Montréal, ville qui la vue découvrir ses premiers émois musicaux : Depeche Mode, The Cure ou encore Joy Division en tête. Quelques années passées à Berlin à partir de ses 18 ans vont lui permettre de vagabonder entre les clubs de la capitale, c’est d’ailleurs parmi ces murs qu’il fera ses premiers DJ sets. Un bagage culturel important qu’il ramènera à son retour à Montréal qui lui inspire d’ailleurs ses premières compositions. De-là, Das Mörtal n’a cessé de faire croitre son nom, proposant une musique à la fois sombre et mystérieuse, accessible, dansante et étonnamment colorée si l’on veut bien faire l’effort de la percevoir.

Alors qu’il se prépare à une nouvelle tournée sur notre vieux continent, on a posé quelques questions à Cristóbal pour en savoir davantage sur son nouvel album Always Loved.

Blank Title : Tu sors ton premier album en juin, le travail et le stress sont-ils différents par rapport à la sortie d’un EP?

Cristóbal Cortes : C’est la même chose au niveau de la conception et des attentes. Ce qui change, c’est la promotion où il y a beaucoup plus d’énergie demandée par rapport un EP.

 

Tu dis souvent que tu veux raconter des histoires avec tes morceaux, est-ce que tu as voulu raconter une histoire avec cet album?

Oui, c’est une histoire vraiment très simple de quelqu’un qui sort pour faire la fête, qui rencontre une personne et qui passe la nuit avec. C’est simple mais ça se passe à travers 12 morceaux. Pour moi c’est important d’avoir une ligne directrice, un concept, une thématique, sinon c’est souvent n’importe quoi. Ce n’est pas toujours mauvais mais je ne sens pas de concept derrière. C’est plus une question marketing : “il faut sortir un album, on ramasse les derniers morceaux qu’on a composés et on sort quelque chose”.

Je suis plutôt de la vieille école, l’école des vieux albums de Depeche Mode, Pink Floyd ou même Tangerine Dream où il est difficile de ne pas les écouter du début jusqu’à la fin.

 

Ce n’est pas compliqué à un moment où l’on consomme beaucoup de musique par playlists d’imposer une trame narrative à un album?

Non parce que ça ne change rien ni pour le compositeur ni pour l’auditeur. C’est à l’auditeur de l’écouter comme il le souhaite.
Je pense que ce sont surtout les fans du genre musical ou de l’artiste qui vont plutôt avoir tendance à écouter un album en entier. C’est super justifiable, on a juste à voir les gens dans la scène underground synthwave ou techno où beaucoup vont vouloir acheter des vinyles à l’opposé de gens qui vont consommer seulement quelques morceaux en se tournant soit vers le streaming ou sur Bandcamp. Ceux qui préfèrent les sorties physiques vont généralement apprécier l’effort qui a été mis pour faire que l’album s’écoute d’un trait.

 

Tu penses que la musique doit avoir un message ou un rôle?

De mon côté je n’en ressens pas le besoin. Je ne crois pas que la musique soit obligée d’apporter un message pour qui que ce soit. On doit d’abord faire de la musique pour soi-même avant de la faire pour les autres. Sinon l’essence de la musique qu’on compose se perd. Qu’il y ait un message ou non, c’est à chaque individu d’en décider.

Que t’ont apporté tes années berlinoises sur le plan musical?

Ça m’a beaucoup apporté au niveau de la conception des morceaux et des concerts. Pour moi le concert est une sorte d’hybride dans l’idée où ça peut se consommer sur un dancefloor ou sur une scène de spectacle. Cette période m’a permis d’être capable de me promener entre ces deux aspects avec ma musique. Même si j’ai grandi dans la new-wave de Depeche Mode, de The Cure ou de New Order, plus pop plus conventionnelle avec des grosses mélodies, j’ai surtout un côté techno qui prend beaucoup de place. Je vois ma musique comme étant mélodieuse mais aussi excessivement répétitive et c’est pour ça qu’elle peut se vivre facilement sur scène comme sur une piste de danse.

 

Quelles sont les grandes différences que tu observes entre la scène électronique de Berlin et celle de Montréal?

La techno est venue beaucoup plus tard à Montréal. Il y a toujours eu une énorme scène électronique en Allemagne alors qu’à Montréal c’est venu dans un premier temps par des mouvements noise. En Europe en général, le son de la musique électronique s’est faufilé dans la musique des TOP 40 beaucoup plus facilement qu’elle ne s’est intégrée dans le son populaire d’Amérique du Nord. Ça a créé deux dynamiques pendant un certain temps. Maintenant ça commence à devenir assez équivalent. On a une énorme demande pour des artistes de musique électronique tous genres à Montréal. On a des festivals qui sont toujours hyper contents d’accueillir n’importe quelle scène de musique électronique, que ce soit la ultra-underground comme la très populaire avec Skrillex, Deadmau5 et compagnie.

 

Tu t’inspires principalement des années 80 et 90’s?

Je suis un enfant des années 80 et c’est ce que j’ai vécu personnellement. C’est important de dire que ce n’est qu’une influence parce que je n’essaie pas de recréer des sons authentiques des années 80’s ni de reproduire exactement comment ça sonnait dans ces temps là. J’essaie de prendre des inspirations mais en conservant la fraicheur et la nouveauté dans ma musique sinon je pense que ça ne pourrait pas évoluer.

Le mouvement synthwave est un mouvement qui va s’éteindre comme n’importe quel autre. Ça pourrait arriver demain comme ça pourrait arriver dans trois ans.

L’important est d’évoluer et de continuer à faire des productions nouvelles. Mes grandes sources d’inspiration sont aussi des bands comme Daft Punk ou Justice qui se renouvellent à chaque fois. C’était un son complètement différent à chaque album parce qu’ils ont su évoluer dans leur genre musical. Pareil pour Justice. Pour moi c’est ce qui est important.

Même si ma musique est inspirée des années 80, elle est toujours dans une vague constante de renouvellement.

 

Comment composes-tu?

Ça vient en vague. Soit c’est le bon moment pour composer de la musique. Soit j’essaie des trucs avec un logiciel et après quelques heures de décalage je découvre que c’est intéressant et décide de continuer dans cette direction pour mener le morceau à terme. En général, je fais des boucles de 15 ou 30 secondes, pas très longues, et j’en fais des morceaux. Par exemple si certaines choses m’ont affecté durant une semaine, je vais composer une dizaine de boucles par rapport à ça et éventuellement dans quelques mois je vais revenir sur ces loops, les allonger et en faire un EP.

Je bosse un peu avec n’importe quoi, c’est avec la première chose que j’ai sous la main. Si c’est sur un ordinateur ça va souvent être FL Studio. J’ai quelques outils comme des Korg Volca Bass ou des petites drums machines où je bidouille dessus. C’est comme jouer à un jeu vidéo. Tu as juste envie de toucher tous les boutons et parfois tu tombes sur un son ou une séquence qui est inspirante et tu penses à faire quelque chose de plus concret avec ça.

 

Tu repars bientôt en tournée européenne? Tu voyages léger?

Il y a quelques années je voyageais avec quelques synthés et une drum machine avec moi. Je me suis rendu compte que ce n’était pas nécessairement obligatoire dans le sens que présentement je peux remplir des salles de 100 à 1000 personnes sans constance. J’ai donc voulu garder un set carré et professionnel qui sonne vraiment béton. Je voyage désormais avec un lapotop et un contrôleur MIDI. J’essaie de donner le plus d’énergie possible, que j’ai 3 synthés ou seulement mon ordi devant moi.

Eux ne performent pas, c’est moi qui doit tout donner.

 

Les DJ sets ne dénaturalisent pas la musique selon toi?

Non, surtout dans la musique électronique. Quand on fait un live ou un DJ set ce sont deux expériences excessivement différentes. Le live n’a souvent pas d’autre choix que d’être très carré. Il n’y a pas de vraie place pour l’improvisation, on ne peut pas forcément changer le setlist devant les gens. Un DJ peut constamment changer d’idée et de son à chaque 3 ou 4 minutes.

Ton instrument favori?

Le synthétiseur. Celui que j’utilise le plus est le Prophet-5, c’est mon chouchou. Je fais tout avec lui.

 

Qu’est ce que tu écoutes en ce moment?

Pas grand chose. Je n’ai pas eu le temps d’écouter beaucoup d’albums récemment. J’aimerais bien écouter le nouveau Justice et le nouveau Vitalic. En ce moment, c’est Das Mörtal à fond : la promo, les shows, les déplacements, ça prend du temps et de l’énergie.

Das Mörtal sera en concert avec Dukes Of Paris et Jeopardie le 18 mai à La Boule Noire (event). Remportez des places ici. Always Loved sera disponible à partir du 9 juin via Lisbon Lux Records.

En tournée :
20/05/17 – Le Forum (VAURÉAL, FR) + Perturbator + Danger
24/05/17 – A38 (BUDAPEST, HU) + Dan Terminus + Tommy86
26/05/17 – Backstage (ST PETERSBOURG, RU) + Dan Terminus + Tommy86
27/05/17 – Shagi Club (MOSCOW, RU) + Dan Terminus + Tommy86

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