Interview

J.Bernardt, la face cachée d’un autre homme

Après ses compères de Balthazar – Marteen Devoldere (Warhaus) et Simon Casier (Zimmerman) – c’est au tour de Jinte Deprez, chanteur, guitariste et violoniste, de se lancer en solitaire sous le nom de J.Bernardt. Son premier album Running Days est sorti le 16 juin dernier.

Suite au succès fulgurant du groupe belge Balthazar qu’on ne présente plus, enchaînant albums et tournées, les membres du groupe ont pris la sage décision de s’octroyer une petite pause. Mais que ferait donc un membre de Balthazar pour occuper ses journées? Un projet solo bien sûr.

Comme le raconte J.Bernardt, il lui a fallu un certain temps pour de se défaire de ses habitudes musicales acquises au sein de Balthazar et de sortir de sa zone de confort. Au fur et à mesure de ses expérimentations sur son Korg PolySix et en puisant dans un large éventail d’influences, J.Bernardt a trouvé le chemin vers un nouveau champ musical alliant sensibilités pop, soul et électroniques.

Avec ce premier album, J.Bernardt évoque en filigrane le sentiment amoureux et le passage des années avec des textes aussi sombres que sincères. Ainsi pour expliquer le morceau “The Other Man”, J.Bernardt aborde un texte introspectif dans lequel il questionne son avenir. Sur fond de rythmiques remarquables et de révélations personnelles, J.Bernardt tisse une musique “disco qui pleure” comme il aime à la décrire. Running Days est à propos de cette face cachée que le multi-instrumentiste n’avait jamais exprimé auparavant, la face mélancolique et sensible d’un homme qu’on ne connaissait pas encore.

Nous avons croisé J.Bernardt à l’occasion de son concert à La Maroquinerie le 31 mai dernier afin d’en apprendre davantage sur la naissance de ce projet solo.

 

Blank Title : Tu es un membre originel du groupe indie belge Baltazhar, peux-tu nous raconter où as-tu puisé tes influences pour cet album solo?

J.Bernardt : Ces dernières années j’ai beaucoup écouté d’hip-hop et de R’n’B donc ça m’a semblé normal d’explorer ces influences avec mon projet solo. Il y a beaucoup de petits groupes qui sont de grosses influences comme The Child Of Lov, un artiste néerlandais que j’aime beaucoup. J’ai été si triste quand j’ai appris qu’il était mort. Les fredonnements sur mon album sont une sorte d’hommage à sa manière de chanter, type gospel. Et aussi Emily Wells, une chanteuse américaine dont la musique est basée sur des boucles et ça m’a donné envie de créer des morceaux à partir de boucles également. Je pensais que ça me permettrait de jouer en concert seul mais au final je me retrouve de nouveau avec un groupe en live! Et bien sûr tous les clichés hip-hop US allant de Kanye West aux Destiny’s Child.

 

Tu as composé ton album seul?

Oui. Presque tout. Je crois que c’était une réaction par rapport au dernier album de Balthazar qui était un album très sophistiqué. Je voulais un album qui me ressemble et qui soit très personnel, j’ai donc opté pour une approche DIY. J’ai composé l’album dans ma petite chambre en achetant quelques synthés et logiciels. Parfois j’allais chez des amis pour enregistrer du piano. J’ai enregistré les cuivres en studio, j’ai dépensé tout mon argent pour ça! J’imagine que c’était la seule façon de le faire.

 

Tu as donc des musiciens avec toi sur scène?

Oui, on est trois en tout. Moi, un batteur et un claviériste. Je voulais que ce soit simple.

 

J.Bernardt_Athos_Burez
Athos Burez

Tu fais donc partie de Balthazar, chacun de vous s’est concentré sur un projet solo : vous vouliez explorer d’autres styles musicaux sans contraintes?

On voulait faire une pause avec Balthazar. On était en tournée non-stop et on enregistrait toujours des albums. C’était devenu un automatisme. On savait comment composer un album de Balthazar et ce n’était plus excitant. On n’avait plus d’inspiration. Deux options se sont présentées à nous : soit on allait plus loin, peut-être encore plus mainstream, soit on essayait de se remplir la tête avec d’autres choses. On a choisi la deuxième option finalement.

C’est une décision saine, un nouvel air créatif, pour se permettre de faire quelque chose de complètement différent et pour qu’un jour peut-être on soit de nouveau enthousiastes à l’idée de reprendre Balthazar.

 

Ton album sort le 16 juin, quels sont tes projets ensuite?

Et bien avant de composer cet album, je comptais prendre une année sabbatique! On va faire une tournée bien sûr mais j’essaie de la contenir. J’ai tourné toute ma vie. Je n’ai pas envie de tourner jusqu’à ce que mort s’en suive bien qu’au final on va quand même pas mal tourner. On va faire une tournée européenne à la rentrée dans les clubs et certainement qu’on fera quelques festivals l’été prochain. Il y a peu, c’était la première fois que je prenais deux semaines de congés. Je suis de nouveau vivant.

 

Que préfères-tu, l’enregistrement en studio ou le live?

Les deux.

Si tu enregistres en studio tout le temps, tu deviens fou. Si tu tournes tout le temps, tu deviens fou.

Le seul truc qui te garde en vie c’est d’équilibrer les deux sans en faire trop. Par exemple l’enregistrement de cet album m’a pris un certain temps. Je m’y suis beaucoup investi, c’était sympa, j’ai beaucoup aimé ça. Aujourd’hui c’est comme une fête. J’ai fait mon travail et maintenant on peut jouer avec ça et faire de notre fête favorite tous les soirs. Mais bien sûr après avoir fait la même fête pendant un an et demi ou quelque chose comme ça tu es prêt pour quelque chose de nouveau. La variation est le mot-clé.

 

Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment?

Oh! Le nouveau Timber Timbre. River Tiber que j’ai récemment découvert. Et tu sais, Kendrick Lamar, je suis vraiment addict. “DNA.” est la chanson que j’écoute au réveil, ensuite je me lève et je me prépare du café.

 

Tu viens de Gand, tu connais certainement Soulwax?

Oui un petit peu, on s’est serrés la main une fois mais c’est tout. J’adore leur dernier album. Ce sont des mecs légendaires. Ils vivent à Gand mais on ne les voit jamais. Il y a ce gros studio qu’on voit de l’extérieur mais personne n’y est jamais rentré.

 

Un instrument favori?

Je ne crois pas que j’en ai un préféré. J’ai été violoniste, guitariste, batteur et maintenant je m’intéresse aux synthés. Je ne joue pas à la perfection de tous ces instruments mais je peux créer un album à partir de tout ça. Je me considère davantage comme un compositeur. Les instruments sont un moyen d’arriver à cet objectif. La variation, toujours!

 

Running Days de J.Bernardt est disponible depuis le 16 juin via PIAS. J.Bernard sera en concert au Point Éphémère le 20 octobre (event).

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Voir le live de J.Bernardt au Maifeld Derby 2017

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