Interview

John & The Volta : “Je me suis souvent senti hors-cadre”

Dévoilé en 2013 avec son premier EP Empirical, John and The Volta vient de sortir son premier album Low Life sur Rouge Neon Records.

Il y a eu le mythe de l’androgyne par un dénommé Platon. Celui qui disait que le troisième genre humain n’existait plus s’est définitivement trompé. A l’origine de cette démonstration, David Bowie fait figure de précurseur. En 1998, il se retrouvait aux côtés de Brian Molko, autre figure de référence, qui s’affichait une rose entre les lèvres pour “Without You I’m Nothing”

Il y a maintenant John and The Volta qui vient porter sa pierre à l’édifice. C’est de nuit que le charismatique Jonathan Ducasse de son vrai nom a composé son premier album Low Life. Composé de neuf titres, le bordelais y affirme son identité ravageuse tout du long. Si l’on lui reconnaît des airs de Thom Yorke sur les fédérateurs “(Not) Far From Love” et “Be There” qu’il cite lui-même pour influence, John and The Volta ne se contente pas d’imiter mais innove. Sans prétention, il se déjoue des codes d’une musique pop électronique au détour d’un riff de guitare ou de sa voix sulfureuse pour finalement évoquer l’essentiel : sa sensibilité et sa fragilité.

Low Life est emprunt de liberté où John and The Volta confirme son talent tout en nous laissant entrevoir son intimité. On ne ressort pas totalement indemne de l’expérience : l’album parvient à nous submerger dans une atmosphère addictive où les morceaux pop comme “Bad Dreams” ou “Paralyzed” cotoient des morceaux plus électroniques et plus stricts, le tout nous laissant à fleur de peau avec une irrémédiable envie d’appuyer une nouvelle fois sur play. Nul doute que John and The Volta va faire chavirer de nombreux cœurs cette année et que Low Life s’inscrit d’ores et déjà comme l’un des meilleurs crus de cette année. On a posé quelques questions à John – sans ses Volta – pour en savoir davantage sur son univers.

 

Blank Title : Qui se cache derrière John and The Volta?

Jonathan Ducasse : Je compose et enregistre seul. Ce sont des moments où je vis un peu en repli, dans lesquels j’ai besoin de m’écouter de l’intérieur. Cette étape là, je la vis seul. On se retrouve ensuite en répétition pour adapter les morceaux pour la scène. Pour le live, j’ai besoin de sentir l’énergie du groupe. J’aime ce souffle et cette fraicheur. C’est important de créer des connexions entre les chansons et nous mais aussi avec le public qui vient nous voir.

Comment se sont passés la composition et l’enregistrement de “Low Life”? Avec qui as-tu travaillé?

J’ai composé et enregistré la quasi totalité du disque de nuit chez moi et dans un autre studio à Bègles (Studio Cryogène). Daniel Burkhart, réal du disque, m’a laissé les clefs de sa grande maison pour que je puisse y aller les nuits, m’immerger totalement dans mon processus d’écriture. Ça a pris une année. La plupart du temps j’arrivais vers 20h et repartais vers 4h. Je croisais les musiciens à la fin de leur journée et je commençais la mienne.

La nuit, tout prend une autre forme : les bruits, les sons, les mots.

 

Tu comptes le jouer comment sur scène? Avec quels instruments?

J’aime l’idée d’un live avec de vrais musiciens, je ne suis pas fan du concert laptop. J’ai besoin d’entendre la dynamique du guitare électrique ou le filtre d’un synthé analogique. On a donc travaillé autour de ça, avec plusieurs formules selon les lieux et nos envies.

Quel est ton morceau préféré sur l’album?

Difficile à dire… Chaque morceau compte pour moi. Mais je vais dire “Couple of Faces / Appearances”. Il est venu très instinctivement, je l’ai écrit et enregistré en 1h. C’est assez agréable de se sentir porté par quelque chose du début à la fin d’une chanson. Très souvent je pars sur une idée, mais j’arrive vite au bout. Il faut ensuite rentrer dans le détail, chercher, travailler la matière sans trop la dénaturer. Là tout est venu d’un bloc, j’en garde l’impression d’un titre pur.

“Low Life”, “Low Light”… Pourquoi?

J’ai longtemps été très timide, je me suis souvent senti hors-cadre, à vivre les moments à coté des autres et non avec eux.

Paralysé par trop d’émotions, on se crée un autre monde, plus intérieur, plus nocturne, plus noir aussi. “Low Life” c’est ça, c‘est cette “vie souterraine” qui se cache, sous la peau, sous les artifices. Là où les émotions sont brutes et sèches.

La chanson “Low Light” est un interlude instrumental dans l’ album. Elle a cette teinte clair obscur, un piano fantôme perdu dans le bruit ambiant.

J’ai beaucoup pensé à Chris Corner (Sneaker Pimps, IAMX) en écoutant ton album, qu’en penses-tu?

Très honnêtement je ne connais pas..

Qu’est ce qui ressort le plus de ton influence à David Bowie dans ta musique selon toi?

On m’a beaucoup parlé de David Bowie pour son androgynie. Je n’avais pas conscience que je renvoyais cette image. Je n’avais pas conscience que mon physique et ma façon de bouger suggéraient tant de féminité.

Ça a été comme un choc d’abord puis un déclic, une libération. Des “personnages” comme David Bowie m’ont permis d’assumer cette part de moi.

Je connais bien sûr sa musique, mais au delà du son, c‘est cette envie créative, cette façon de se remettre constamment en question, ce désir d’explorer de nouvelles directions sans peur de flinguer sa carrière qui me plait. Aujourd’hui on te fait comprendre qu’il faut bien rester dans ta case. Que les gens t’identifient dans un registre, et que surtout il ne faut pas en bouger de peur de les perdre… Je ne suis pas d‘accord avec ça.

On tue la créativité et l’expérimentation avec un tel discours.

Si l’artiste a vraiment quelque chose à dire, à partager, qu’il a mûri son art, on le reconnaitra toujours. Que ce soit sous des couches de synthés ou des torrents de guitares.

Quels sont les projets pour John and The Volta?

Défendre le disque. Low Life sort nationalement, j’espère pouvoir le présenter en live dans toute la France. Rencontrer les gens qui l’écoutent, ceux qui sont touchés par mon univers et partage ma sensibilité. Et continuer à composer. J’écris toujours un petit peu, je prends des notes, qui me serviront quand viendra le moment de repartir en studio. J’ai aussi fait quelques featuring sur des albums à venir en 2017…

Ton instrument favori?

En ce moment je dirais la voix. C‘est un instrument tellement imprévisible. Il est à la fois connecté au physique et à l’émotionnel. La voix dévoile tant de choses, parfois même sans qu’on le veuille. Je me souviens avoir été transpercé par la voix de Barbara Hendricks sur un vieux disque de mes parents, “Motherless Child”, c’est une expérience dont je me souviendrai toujours je pense.

Qu’écoutes-tu en ce moment?

En ce moment j’écoute beaucoup Arca (producteur de Björk), sa voix me fascine. Il y a aussi le nouvel EP de Blonde Redhead et Cigarettes After Sex.

Des projets bordelais à nous faire découvrir?

Le projet de mon ami Steve, Nuit Oceān. Nous avons joué ensemble samedi dernier, un vrai univers, des trouvailles en terme de production, je vous conseille fortement d’aller écouter.

Low Life est disponible depuis le 24 mars sur Rouge Neon Records / Alter K. John and The Volta sera en concert le 6 septembre au Pop-Up du Label (event).

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