Interview

LoG : redonner à la musique ses lettres de noblesse

Actuellement prise par un festival politique dissonant, la ville d’Evry a surtout vu grandir Romain Gaudiche et Matthieu Souchet, deux musiciens dont l’un s’est passionné pour le rock et l’autre pour le jazz. Une amitié d’enfance qui s’est réunie sur le projet LoG dont le premier EP Pandora sorti sur Eumolpe Records est une œuvre qui sonne juste à bien des égards.

Ce qui est plaisant avec LoG, c’est ce que ces musiciens proposent une perception différente de la musique. Exit la musique pour faire danser et l’électronique à la mode, c’est surtout l’interaction du duo qui se place au centre de leurs préoccupations. A partir de là, découle une vision de la composition, singulière, mutante et qui donne à réfléchir. Un mariage entre l’homme machine et l’homme batterie qui leur vaudra de fouler le sol de plusieurs scènes parisiennes : la regrettée Flèche d’Or, le Divan du Monde ou encore La Maroquinerie.

Sans vouloir se bousculer, le duo s’est donné du temps pour composer leur premier EP intitulé Pandora. A contre-courant des tendances et des “qu’en dira-t-on”, LoG signe avec cet EP une œuvre à la fois personnelle et collective fondée sur 5 morceaux. S’ils peuvent fonctionner à part, le duo a souhaité construire avec “Pandora” une pièce unique qui prend son essence au croisement du synthétique et de l’organique, de l’acoustique à l’électronique. Chaque morceau relate une étape de la composition : inception, mise en abîme, choisissez votre camp : en tout cas on n’a pas trouvé meilleurs témoins pour parvenir à poser des mots et des sons sur les différents états d’âme que traverse un musicien lorsqu’il compose.

Au-delà des spectres d’Aphex Twin ou de Flying Lotus, LoG met en avant une conception musicale et artistique complète. Le duo a fait appel au designer Minh Ta et au photographe Baptiste Olivier pour représenter graphiquement l’univers de l’EP, à la fois méticuleux et sensoriel, expérimentant le pouvoir du verre et de la lumière pour donner naissance à cinq représentations pour les cinq morceaux que constituent “Pandora”. L’ensemble appelle à l’évasion et au fantasme, une œuvre qui répond à la fois au corps et à l’esprit. On a profité d’une belle journée ensoleillée pour en apprendre davantage sur le parcours et les motivations de LoG.

 

Le Rêve Du Yogi

 

Blank Title : Alors, pourquoi LoG pour commencer?

Romain : Ce qui nous a plu c’était la multiplicité des sens que le mot “log” pouvait avoir. Quand on a innocemment tapé le mot pour chercher ses différentes significations, on a vu qu’il pouvait dire tout et rien à la fois : les maths, le registre, on l’a aussi sur n’importe quel site Internet et ça veut aussi dire “bûche” en anglais.

Ça nous a rappelé un principe qu’on utilise beaucoup en musique comme quoi le sens dépend du contexte. Par exemple, une intonation, si elle est subie tu la percevras comme un bruit, si elle est volontaire ça deviendra un son, si tu l’organises ça deviendra une musique. C’est cette différence de niveaux de lectures qu’on peut avoir sur un même mot ou entité qui nous a beaucoup plu. Et surtout parce qu’on trouvait que ça sonnait bien aussi, ça reste un peu la base!

 

Pandora est sorti en octobre dernier, quels ont été les retours?

Mathieu : On existe depuis 2012 et depuis on a toujours eu un public fidèle.

Romain : Ce qui est génial c’est que les gens ont tout de suite compris l’idée qu’on avait eu sur ce disque. C’est une structure comme un disque fleuve du début à la fin où chaque track représente des mouvements d’une seule et même grande pièce, un peu comme les disques de rock progressif comme Pink Floyd avec Walking On The Moon, sans se comparer à eux bien-sûr.

Mathieu : Ou tout simplement dans la musique classique.

Romain : Oui voilà aussi. Les gens ont tout de suite compris ça, ce principe d’histoire globale qu’on a voulu raconter sur toute la longueur du disque. Ça a beaucoup parlé aux gens.

Mathieu : Au niveau des radios il y a eu pas mal de diffusions sur Radio Fip, Radio Prune, Radio Campus et France Culture en habillage. Ça reste des radios très spécifiques et spécialisées, on ne fait pas de la grande diffusion sur Nova ou RTL2.

 

Quel est votre rapport à la boîte de Pandore?

Romain : Vu que Pandora est notre premier EP, on a voulu poser les jalons de notre vision de la composition et de la création en général. Ça nous a semblé évident de représenter musicalement notre vision du processus de création. Pour nous, lorsqu’on commence une nouvelle œuvre, c’est justement comme ouvrir une boîte de Pandore. Tant que tu n’en viendras pas à bout tu seras toujours obsédé par ça.

Tu passes donc par différentes étapes qui ponctuent justement la genèse d’une œuvre : la joie de découvrir ton sujet, savoir que tu fais quelque chose, la réflexion que tu vas avoir sur les développements, le doute que tu peux ressentir et l’impression que tu es la pire merde de la Terre et que tu n’y arriveras jamais.

 

Jusqu’à à ce que tu arrives à trouver ce petit déclic pour accoucher de cette nouvelle pièce. C’est vraiment là que tu refermes cette boîte de Pandore. Tu peux passer à une autre boîte après.

 

Puzzlehead

Comment crée-t-on un EP avec une entité alors qu’aujourd’hui on consomme la musique par playlists?

Mathieu : C’est vrai qu’on a pas une démarche très commerciale.

Romain : Effectivement on ne voulait pas réfléchir dans cette logique-là parce qu’on ne voulait pas être bloqués. Pour nous c’est un frein et notre passion est surtout de composer, on ne va pas se mentir. Il y a ce principe d’œuvre globale mais on a aussi pensé ce disque pour que chaque mouvement fonctionne indépendamment. Effectivement si on les lit de bout en bout on crée une histoire mais on a les a sorti track par track parce qu’elles peuvent très bien s’écouter de façon autonome. C’est sur qu’en terme de promotion et même en longueur de track ce n’est pas la solution de facilité. Notre morceau le plus court dure 4 minutes ce qui est déjà trop long pour un format radio. On en est conscients mais on pense que si on reste fidèles à ça c’est comme ça qu’on arrivera à avoir un public qui aime ce qu’on fait plutôt que de suivre un phénomène de consommation. Si on était asservis à ça on ne pourrait finalement pas faire notre musique ou elle serait beaucoup moins pertinente et parlerait donc moins aux gens.

Mathieu : Je n’ai rien à ajouter à cette bonne réponse.

 

Quel est votre rapport à la musique et à la composition, vous qui venez du conservatoire?

Romain : Je ne sais pas si ça change beaucoup, c’est juste que c’est notre parcours parce qu’on a commencé logiquement là-dedans. Moi au tout début j’ai commencé en autodidacte et je suis rentré en conservatoire dans la volonté d’approfondir les choses. C’est tout simplement cette idée d’aller voir plus loin. Si on n’est passés tous les deux par le conservatoire ce n’est pas forcément pour l’idée en elle-même mais parce qu’on a choisi d’étudier avec des profs qui se trouvaient au conservatoire et dont on aimait énormément le discours et la musique. J’ai étudié avec Denis Dufour au conservatoire de Paris et je pense que si je n’avais pas étudié avec cet homme-là je n’aurais pas du tout la même idée de la composition. C’est vraiment lui qui m’a guidé et qui m’a permis de développer ma propre musicalité. Après on peut très bien sortir du conservatoire et ne rien avoir appris de constructif si on n’a pas eu le bon prof.

Matthieu : On n’a pas exactement le même parcours, j’y suis allé pour retrouver des profs qui s’occupaient des musiques improvisées et sur comment écrire justement des pièces plus modernes et contemporaines dans le jazz.

La difficulté première pour nous deux a été de trouver un point de rencontre entre nos deux univers et pouvoir s’entendre sur la création d’une œuvre commune.

Romain : Je viens de la musique écrite et Matthieu de choses beaucoup plus libres et je pense que c’est ce qui a fait la clé de voute de ce projet. C’est un mélange ou j’essaie d’amener la richesse d’écriture et la plasticité sonore de la musique électronique et Matthieu lui amène une souplesse et une énergie qui sont différentes, plus spontanées que dans la musique écrite. C’est aussi le mélange entre l’acoustique et la synthèse qu’on met vachement en avant.

Matthieu : J’ai l’impression que Pandora est le point de départ de cette première rencontre qu’on a cherché depuis qu’on travaille ensemble. Je pense que par la suite ça sera peut être moins long et moins laborieux pour composer. Pour ce disque on a mis un an et demi, ce qui est assez long pour 5 titres.

 

Now I’m a Fool

 

Comment avez-vous atterri sur Eumolpe Records?

Romain : On a fait toute la partie exécutive de la production. Eumolpe nous a accompagné pour la sortie de l’EP.

Mathieu : J’avais découvert l’un des projets du fondateur que j’avais beaucoup aimé et je lui avais proposé d’écouter ce qu’on venait de composer, ça s’est fait naturellement.

Comment construisez-vous vos lives?

Romain :

Étant tous deux instrumentistes on a voulu mettre en avant un coté très live, ce qui est trop mis de côté dans la musiques électroniques.

Je pense que Matthieu est d’accord avec moi. En tout cas ce n’est pas mis en avant à sa juste valeur. Notre but est de créer un prolongement de notre disque. On le pense toujours de la même façon, comme une grande œuvre, comme Matthieu aime bien dire “on les fait monter dans notre train et on les lâche au terminus”. On part donc de la structure de Pandora qui nous sert de squelette et entre les morceaux on brode et on étoffe toute la narration autour de ça.

Matthieu : On pense le live comme un DJ set avec un point d’arrêt pour se présenter pour éviter un choc trop frontal pour le public mais ce qui nous intéresse c’est surtout de mettre en avant la musique et pas l’artiste.

 

Quel matériel avez-vous sur scène?

Matthieu : Je m’occupe de la partie rythmique avec une batterie acoustique, en percussions j’ai des tablas indiens et des pads électros SPD pour balancer quelques mélodies ou des ornementations rythmiques, je n’ai pas de samples.

Romain : Je m’occupe de toute la partie machines, synthés et basse.

 

Vous avez évoqué le rock des Pink Floyd tout à l’heure, qu’est-ce qui vous sert de références en musique électronique?

Romain : Je suis arrivé à la musique électronique avec tout ce que tu as pu avoir en 90 – début des années 2000 sur le label Warp par exemple.

Matthieu : Je n’ai pas vraiment commencé en électronique avec Warp mais c’est vrai que ça fait partie de mes écoutes maintenant.

Romain : Comme Flying Lotus, Aphex Twin, tout ce que tu as pu avoir dans ce genre là.

Matthieu : Battles aussi même si c’est moins électronique, ça reste dans une certaine mouvance. On est beaucoup allé dans les clubs donc notre culture vient de là. Je pense que Pandora a une culture beaucoup moins électronique que ce qu’on pouvait faire par le passé en live. Il y a toujours une dimension avec les machines mais on est surtout axés sur le jeu.

Romain : On s’est rendus compte que ce n’était pas spécialement la musique qu’on voulait faire, en tout cas pas avec ce projet-là.

On voit plus notre projet comme une musique d’écoute que comme une musique de danse.

Ça n’empêche pas les gens de danser sur notre musique en concert mais ce n’est plus notre propos.

 

Le côté visuel est important pour vous?

Romain : Le but est de créer un univers le plus complet possible, une œuvre totale. C’est pour ça que depuis la création du projet on bosse avec un ami designer et scénographe qui s’appelle Minh Ta, qui travaille à la fois dans la mode et sur les scènes. Par exemple en ce moment il s’occupe de la scénographie de La Station.

Matthieu : Pour Pandora il a travaillé avec le photographe Baptiste Olivier en suivant notre fil conducteur pour créer cinq œuvres qui correspondent aux cinq morceaux du disque.

 

Or Maybe Not

Quels sont vos projets pour cette année?

Romain : On va bientôt entamer la composition de notre nouveau disque, on est en train de finaliser le projet. On va s’y atteler très prochainement. A priori ça se défile plus vers un album. On a également une petite surprise qui arrivera à l’automne prochain mais on ne peut pas en dire plus pour l’instant.

 

Quel est votre instrument favori?

Romain : Je pense qu’on va dire la basse et la batterie naturellement.

Matthieu : J’ai aussi un petit faible pour la guitare, mon père était guitariste.

 

Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment?

Romain : Je pense que ça va être le grand écart, on écoute vraiment de tout.

Matthieu : En ce moment je suis à fond sur Kendrick Lamar, sur chaque album, à chaque fois.

Romain : Il n’a pas sorti quelque chose qui ne fonctionne pas musicalement. Ce mec est quand même assez balèze, en tout cas il sait bien s’entourer.

Matthieu : Le nouveau Gorillaz aussi, il a leaké. Ils se renouvellent.

Romain : J’en parle à chaque fois, le disque que j’écoute tout le temps depuis 7 mois c’est Jambinai. On les a vus il y a peu de temps et c’était excellent. Ils arrivent à mélanger de la musique métal et traditionnelle coréenne sans que ce soit kitch. Ils ont une maîtrise du son en live assez bluffante. Ce groupe m’a mis une belle claque musicale. J’ai écouté la moitié du dernier concert les yeux fermés, ça veut dire que ça fonctionne bien.

 

Pandora est disponible via Eumolpe Records.

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