Interview

Massy Inc., quand la chanson française prend son pied avec une MPC

Massy Inc. est le nouveau projet de Stéphane Massy et sa bande que certains connaissaient sous le nom de Tante Hortense. Ils reviennent aujourd’hui frais et dispos avec leur premier album 3349 sorti sur le label marseillais 3h50.

S’il se destinait à une carrière d’enseignant en architecture, Stéphane Massy en a décidé autrement sans pour autant perdre son rôle d’artisan-constructeur. Après avoir initié en 2000 la revue Le Son du Mois avec notamment le concours d’Etienne Jaumet, il a ensuite passé 10 ans sous l’identité de Tante Hortense, se faisant une place agréable aux côtés du label French Touche avec Philippe Katerine ou des Disques Bien avec Flóp.

En se livrant au nouveau projet de Massy Inc, Stéphane Massy a décidé de répondre à ses nouvelles envies musicales tout en gardant ses fidèles compagnons, Christophe Rodomisto (guitare, synthétiseurs, MPC) et Eddy Godeberge (cavaco, choeurs). Dans cette partie de Tétris grandeur nature, Massy Inc. a troqué ses anciens instruments pour MPCs et synthés. Si le son est radicalement différent des productions de Tante Hortense, c’est aussi parce que leur méthode de composition a changé. Pour le trio, il est désormais question de musicalité et de danse avant tout.Alors, le style des textes un brin provocateur et humoristique de Stéphane Massy est toujours au rendez-vous. Ce qui change surtout, c’est cette nouvelle dimension musicale que Massy Inc. s’est construite à coup de tâtonnements et d’influences, partant du hip-hop blanc à l’électronique en passant aussi par la variété. On pense à Jérôme Minière dans une version 2.0 qui aurait enfin mué, à Sébastien Tellier qui aurait trouvé un peigne ou à Gérard Manset en sortie un samedi soir. En résulte 3349, un premier album qui tend à être découvert et apprécié autant pour sa démarche artistique que pour son contenu ovni doté d’un code de carte bleue destiné au succès.

On a rencontré Stéphane Massy et Christophe Rodomisto pour qui la vanne française « Le changement, c’est maintenant » a inéluctablement fonctionné.

 

Blank Title : Vous revenez avec un tout nouveau projet, Massy Inc., pourquoi un tel changement?

Stéphane Massy : Parce que nous avons complétement changé! Tante Hortense, c’étaient des chansons assez sophistiquées du point de vue des harmonies et des mélodies, des chansons assises en somme. Avec le temps, je me suis rendu compte que j’adorais faire danser les gens. Ça m’a donné envie de m’orienter vers une rupture stylistique et de conserver en même temps une continuité d’esprit dans l’écriture des textes.

C’est la même formation mais ce sont les règles du jeu qui ont changé.

Au lieu de commencer à écrire avec un piano ou une guitare, les outils mêmes ont changé. Notre outil de base a été la MPC-500. On a ensuite élaboré.

 

C’était un besoin pour vous?

Stéphane : J’avais fait le tour à mon goût, on a sorti quatre albums avec Tante Hortense et j’avais besoin de changer. Il y a une autre raison, un accident en fait, la chanson Le sexe au départ était réservée à un corpus de chansons qu’on avait prévu pour un cinquième disque de Tante Hortense mais elle résistait à notre façon habituelle de construire les chansons. C’est un peu comme quand tu as une théorie et que tu découvres un élément qui la met en défaut, tu es obligé de tout rebâtir. On a fait un arrangement de cette chanson et j’ai constaté que ça m’amenait à un endroit qui n’était plus cohérent avec le reste du disque et que c’était ça qui m’intéressait.

 

 

C’est excitant de commencer un nouveau projet?

Stéphane : C’est super excitant oui et ça permet de se reposer des questions fondamentales. On rediscute aussi avec les gens qui font de la musique avec nous. C’est dans ce sens que ça a changé. Même si le fond de l’affaire est toujours le même.

Christophe Rodomisto : On a travaillé à l’inverse, c’est à dire que dans Tante Hortense c’étaient plutôt des chansons que nous amenaient Stéphane qu’on s’efforçait d’arranger en musique. Là on est partis de la musique, des sons, des grooves qu’on pouvait trouver pour voir comment ça pouvait porter une chanson.

 

Quelles étaient vos motivations pour ajouter de la musique électronique?

Stéphane : J’ai toujours beaucoup aimé les machines. Dans les albums de Tante Hortense il y a toujours un ou deux passages expérimentaux un peu tordus. Je le faisais d’une façon très particulière dans le cadre de la chanson. Je me suis toujours senti bien avec cet esprit.

 

Vous avez des références en matière de musique électronique?

Stéphane : J’aime beaucoup le hip-hop old-school, français même américain, je pense à N.W.A. En musique électronique, Peaches. On pourrait dire que ça n’a rien à voir mais il y a un parti pris à la fois électronique mais en même temps classe et cheap que j’aime beaucoup, un côté à la fois punk et arty.

Christophe : On a essayé de partir de nos influences comme point de départ. Pour le morceau 3349 on a beaucoup pensé à Snoop Dog pour le côté un peu feignant, groovy mais lent. On a essayé d’aller vers ça même si on est ce qu’on est au final, ça a donné complètement autre chose.

 

Tu as changé ton code depuis?

Stéphane : Non. Tu m’as pris pour qui?!

 

Sur scène ça a changé?

Stéphane : Ça a beaucoup changé. Il y a un an et demi je suis resté quatre mois à New York et je me suis retrouvé confronté à une expérience scénique différente. J’étais tout seul avec un synthé et une MPC devant des gens qui ne me connaissaient pas du tout et qui ne connaissait pas nécessairement le français. Ils étaient donc surtout attentifs à l’aspect musical et gestuel. Ça m’a vachement fait modifier ma façon d’être sur scène et ma façon d’investir ma musique. Ensuite on a joué en trio pendant deux semaines et je pense que ça a pas mal influencé notre façon d’être sur scène aussi.

Christophe : Jusqu’à présent le groupe était souvent obligé de jouer le squelette des chansons de Tante Hortense.

Maintenant notre squelette ce sont les machines, les boîtes à rythmes, la MPC et des programmations.

On est beaucoup plus libres par dessus ça de jouer autre chose que la base des morceaux, on peut agrémenter. Le live est beaucoup plus ouvert et plus riche qu’avant.

 

 

Qu’est ce qui t’inspires pour écrire tes textes, quelle est ta façon de les travailler?

Stéphane : Ce sont surtout des situations. Je ne pense pas du tout à des gens ou à des œuvres, ça ne m’intéresse pas du tout. En général j’écris mes textes directement. Lorsque j’ai une idée, je sors mon carnet et j’écris quelque chose qui est à la fois un texte et une partition. J’ai développé mes codes à force. J’écris mon texte, je vois les endroits qui se répondent, je dis que telle partie va devenir le refrain. Je continue, je replace le refrain et je vais le plus vite possible. En l’espace d’un quart d’heure, c’est fini.

Les premiers textes sont toujours les plus durs à écrire, on doute toujours.

J’essaie aussi de me prendre plusieurs jours quand je ne suis pas chez-moi, ce sont des vacances sans en être. Je me cale à un endroit et je tente d’écrire une chanson par jour pendant une semaine. A la fin je les réécoute, je les fais écouter et on choisit.

 

Christophe : C’est vraiment des situations du coup? Quand tu as écrit 3349 c’est parce que tu avais oublié ton code?

Stéphane : Ce ne sont pas forcément des situations réelles.

Je n’oublie absolument jamais mon code de carte bleue.

D’un seul coup j’ai eu cette idée. Tu vois, les gens parlent de cul extrêmement facilement, c’est autorisé mais par exemple donner son code de carte bleue c’est juste « oulala ». C’est quand même hyper con. Parce qu’on ne fait rien avec le code de la carte bleue de quelqu’un d’autre.

Christophe : A part lui voler sa carte.

 

Qu’est ce que vous écoutez en ce moment?

Christophe : J’écoute un rappeur qui est génial, Death Grips avec son morceau « It goes ». C’est super. En vieilleries, Nick Cave et Cypress Hill.

Stéphane : J’écoute N.W.A du coup. J’ai écouté pas mal Jonathan Richman ces temps-ci, Bill Withers aussi.

 

Quel est votre instrument favori?

Christophe : La guitare, parce que j’en joue.

Stéphane : Alors moi c’est la MPC, parce que j’en joue.

 

3349 est disponible depuis le 31 mars sur 3h50.

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