En Quêtes #2 : Yanis
En Quêtes

En Quêtes #2 : Yanis

Photo : Camille Denoix

L’art ne serait pas important si la vie ne l’était pas, et la vie est importante. – James Baldwin

On se questionne, s’insurge et se rassemble. On décèle à nouveau des problématiques accablantes, pourtant présentes hier, aujourd’hui, et peut-être encore demain. Le malheur d’une colère, qui dépérit d’une saison à l’autre, est que les avancées essentielles qu’elles demandent sont parfois oubliées un temps. Alors, le quotidien nous rappelle à l’ordre de nos convictions, nous invitant à ne pas se battre seulement ici, mais là et plus essentiellement partout. Accompagné d’un quotidien qui parfois nous secoue, si l’on décide de le regarder, l’artiste quant à lui n’a de cesse de s’exprimer et fait de sa place un endroit essentiel à notre avancée. Au travers d’En Quêtes, nous donnons la parole à ces créateurs qui font de leurs arts le miroir d’une lutte quotidienne. Dans le trouble d’un temps incertain, on a eu besoin d’écouter ceux qui nous font penser, nous permettent de nous évader.

Alors que s’ouvre le mois de la fierté, c’est autour des mots de Yanis que nous nous rassemblons aujourd’hui. Cela fait un peu plus d’une dizaine d’années que nous le connaissons, et être fier le caractérise avec justesse. Il a su nous transporter dans un univers qui n’a eu de cesse de mûrir, et faire de sa singularité un repère que beaucoup avaient besoin de voir, et d’avoir.

Il s’est envolé, libre de toutes contraintes avec L’Heure Bleue, un premier EP qu’il porte de son prénom parut en 2016. “Hypnotized” résonne encore tel un hymne tant émancipateur qu’enivrant, ici et au-delà de notre douce France. Profondément indépendant, l’artiste parisien nourrit ses créations par sa propre volonté, éloigné d’une industrie où l’intérêt pour l’artiste n’est pas premier, il décide d’ouvrir son propre label Mauvais Genre où il donne un toit à sa liberté. On l’espérait, l’attendait patiemment, il a esquissé brillamment son retour avec “Embrace” en 2018 accompagné d’un clip où la place d’un corps en mouvements, célébré, est omniprésente. Puis, cette année avec “Grace” ou encore “You Boy” avec Arigato Massaï : là encore, Yanis rassemble, célèbre l’art performatif accompagné de nombreuses Drag Queens parisiennes dans le clip illustrant le single “Grace”, une réelle célébration qui continue sur “You Boy” où l’on danse un amour libre.

Yanis Sahraoui est un électron libre, une voix, un visage, essentiel au paysage musical français. C’est à notre tour de le célébrer.
 


 

Qu’aimerais-tu apporter comme questionnement(s) au travers de tes créations ?

J’aime que chaque personne soit libre de se poser ses propres questions autour des mes créations. Mon rôle est surtout d’inviter les gens à être eux-mêmes et je les invite dans un espace ou ils sont en sécurité.

Everyone’s welcome.
 

Qu’aimerais-tu voir évoluer dans notre société, dans le regard qu’elle porte à notre monde ?

Ce n’est plus une évolution que j’aimerais voir mais une révolution. Notre société est construite sur un système qui doit être révoqué, les personnes au pouvoir sont toujours les mêmes, souvent des hommes, le système est raciste depuis la nuit des temps.

La société doit inclure toutes les personnes et toutes les espèces de ce monde sans quoi nous allons droit dans le mur.
 

Pourquoi l’évasion que procure la musique, et l’art de manière générale, est essentielle selon toi ?

La vie imite l’art comme dirait Oscar Wilde.

L’art c’est la vie, totalement inutile et à la fois complètement vital.

Me concernant, l’art m’a sorti de ma condition et m’a permis de voir plus loin, de pouvoir me projeter et m’élever, alors qu’aucune personne ne me le permettait.

L’art est essentiel pour tous : il peut soigner beaucoup de maux, on en a besoin aujourd’hui plus que tout.
 

Qui t’inspire par ses valeurs, sa voix ?

Ma mère : je l’ai perdu enfant mais je porte ses valeurs et sa voix, elle m’inspire toujours.
 

De quoi es-tu en quête ?

De vérité et lorsque je dis ça, ce n’est pas chercher les réponses à tout, mais plutôt la vérité chez-soi et chez les gens.

Être vrai, entouré de gens sincères et être dans cette vérité qui est la mienne.
 

Quel est ton geste engagé au quotidien ?

Être fidèle à moi et à ma queerness tout en respectant les autres avec empathie. Avoir arrêté de consommer des animaux c’est aussi le geste en plus que je fais depuis six ans et dont je suis fier, je ne reviendrai pas en arrière car c’est la meilleure décision de ma vie.
 

On te laisse clôturer cet entretien par une citation et un morceau qui pour toi reflètent ce que l’on a évoqué jusque là.

I know it’s over” – The Smiths :

It’s so easy to laugh it’s so easy to hate
It takes strength to be gentle and kind
Over, over, over, over.

 

Son nouveau single “Grace” est disponible ici.