Interview

Martin Mey : “J’ai ce fantasme de partager des mélodies sans avoir besoin de paroles”

Photo : Seb Houis

Il y a quelques jours, on vous faisait découvrir en exclusivité le clip de “Love Me Now”, extrait du second album de Martin Mey. Intitulé Words (Without), le principal intéressé présente ce nouvel album solo davantage comme une création collective, initiée notamment avec le Conservatoire de Toulon et au cours de diverses expérimentations scéniques.

Si le musicien marseillais s’est auparavant affirmé au détour de plusieurs collaborations (Fred Nevché, Ghost Of Christmas), c’est bien seul, en studio comme sur scène, qu’il rappelle ses fins talents de compositeur. Gorgés de mélodies, ces onze nouveaux morceaux sont traversés par des thèmes universels. L’amour, toujours, l’attente, la remise en question, c’est en tout cas dans ses rapports aux autres que Martin Mey puise son inspiration. Épaulé par le producteur anglais MaJiKer (qui avait réalisé Le Fil de Camille) et par Jo Pereira au mixage, le Phocéen s’est également forgé une forte identité visuelle qui souligne les facettes mélancoliques et intemporelles de ses morceaux, par le concours de Seb Houis à la réalisation de ses derniers clips. À quelques jours de son concert à La Boule Noire, on a posé quelques questions à Martin Mey pour en savoir davantage sur la genèse de Words (Without).
 


 

Le Bombardier : Comment s’est passé ton concert au Printemps de Bourges ?

Martin Mey : C’est la troisième fois que j’y jouais et c’est toujours particulier. Je n’ai pas l’habitude de faire des festivals et ce n’est pas un format très évident pour moi dans mon rapport à la scène et au public. Mais comme les fois précédentes, je trouve que je m’en suis bien sorti. En ce moment je travaille mon live et ce n’était que la quatrième date que je le faisais avec cet album, donc j’ai testé des choses. J’étais assez content d’avoir réussi à créer quelque chose sur cette scène en plein après-midi. J’aimerais toujours faire mieux mais il s’est tout de même passé quelque chose d’intéressant. Par exemple avant que je ne monte sur scène, il y a un sample de voix qui tourne et le public s’est mis à chanter en mode “après-midi-bières-et-Printemps-de-Bourges”, c’était un beau moment de partage.
 

Tu prépares quelque chose de spécial pour ton concert à La Boule Noire?

J’essaie de préparer un joli concert et de bien préparer les détails. Faire le concert tel que je l’imagine et surtout, le faire avec le public. C’est mon crédo en ce moment. Ce n’est pas vraiment quelque chose que je peux travailler en résidence ou en répète lorsque je suis chez-moi. C’est plus difficile de se projeter dans l’énergie collective d’un live. Je me suis rendu compte avec ces premières dates que c’est avec les concerts que je vais trouver la bonne formule. Je veux faire une belle soirée et je me réjouis d’avoir du monde qui vient. Il y a une bonne réception sur cette date et ça fait longtemps que je n’ai pas joué à Paris, mon premier album datant d’il y a quatre ans. Je me mets un peu la pression sur cette date mais avec le live solo electro, j’ai la possibilité de faire ce que je veux. Retrouver la liberté que je n’ai pas forcément lorsque je travaille en groupe ou sur d’autres projets.
 

Theodora joue en première partie, quels sont vos liens?

Je suis content de la rencontrer à l’occasion de ce concert. J’avais repéré son projet il y a quelques temps et je l’avais trouvé intéressant. Il s’agissait de trouver quelqu’un de Paris et mon critère premier était de mettre en avant le féminin. C’est bien de faire jouer les femmes et de montrer qu’elles font de la bonne musique.
 

Après ton premier album tu as travaillé sur beaucoup de collaborations. T’es-tu mis une quelconque pression par rapport à la création de ce deuxième album solo?

Effectivement en quatre ans, beaucoup de choses se sont passées. On a fait une assez longue tournée avec l’album précédent et j’étais un peu fatigué, avec l’impression d’en avoir fait le tour. Je n’avais pas d’urgence pour faire l’album suivant. J’avais besoin de prendre du temps et du recul pour savoir ce que j’avais envie de faire par la suite. Il s’est passé que j’avais d’autres projets dans lesquels je me suis beaucoup investi et qui m’ont nourri de différentes manières. Naturellement, je me suis remis à écrire. Ça ne m’a jamais trop parlé de faire un disque tout seul dans mon coin, j’aime d’abord tester les morceaux en live comme on le fait dans la culture folk que je revendique. J’ai beaucoup bossé en faisant des ateliers, des lives et des résidences. Ça a donné naissance à un projet de groupe qui est finalement devenu un projet solo.
 

Quel est le morceau que tu choisirais pour résumer cet album ?

Faire un choix parmi ces titres est très difficile. Il y a des morceaux assez variés j’espère. J’essaie de faire des créations cohérentes mais en même temps avec de palettes assez larges de dynamiques. D’ailleurs en parlant de cohérence, je pense que je pourrais expliquer à peu près la même chose sur chaque morceau. Ils sont tous traversés par les mêmes thèmes et un même fil musical. “Derivation (One)” et “Derivation (Another)” sont deux morceaux instrumentaux avec un arpégiateur, un clavier et un petit peu de voix fredonnée. Ce sont des morceaux centraux dans le disque puisqu’on retrouve un peu de cette orchestration là dans tout l’album.

Ils ont été un fil conducteur dans la composition et je me suis rendu compte que je pouvais tout interpréter en jouant à la manière de “Derivation”.

En même temps ce n’est pas représentatif des arrangements finaux mais ce qui m’intéresse beaucoup, c’est de mettre en avant les morceaux instrumentaux où il y a peu de mots comme “Mh Snap” et “Words”. Ça serait peut-être ce morceau que je retiendrai, avec très peu de mots. J’ai ce fantasme de partager des mélodies sans avoir besoin de paroles. C’est pour ça que cet album porte ce titre. J’ai essayé de travailler sans mots ou avec peu de mots, ou avec l’importance que peuvent avoir quelques mots répétés en boucle comme sur “Love Me Now”.
 

J’ai lu que tu avais fait 36 versions pour ce morceau.

C’est vraiment représentatif de ma manière de travailler. Ça raconte aussi ma difficulté à faire un disque, puisqu’il faut choisir une version. Il y a deux versions de « Derivation », « Calm Now » répond à « Calm Down » et d’autres morceaux fonctionnent ainsi en binôme. Si ça ne tenait qu’à moi, je pourrais sortir un disque avec six versions de chaque morceau. J’ai pensé à faire ce genre de bêtises d’ailleurs. Ce morceau est très important pour moi. Ça raconte plein de choses et ça me renvoie à tout un voyage pour en arriver à cette version finale. Cette suite de notes est très chouette et la formule poétique est venue d’un coup. Je suis du genre à aimer les casses-têtes et je n’écris pas beaucoup de morceaux à textes. J’ai cherché une phrase qui pourrait avoir du sens même lorsqu’on lui enlève un mot. C’est probablement le morceau le plus électro et dansant que j’ai jamais produit.

Comme la formule le dit, on écrit la même chanson toute notre vie.

Pour moi, ça a autant de sens de sortir différentes versions d’un même titre que d’en écrire un autre. C’est tout aussi intéressant. Je suis content d’avoir pu sortir des versions acoustiques des singles, ça va vraiment dans ce sens là. Ça m’emmerde vraiment d’être catalogué dans l’electro-pop alors que j’ai composé ces morceaux avec un piano ou une guitare et une voix.
 


 

Est-ce qu’on peut parler du morceau “Urban Mood” et de ta collaboration avec Paulette Wright sur cet album?

Paulette, c’est quelqu’un d’important pour moi. Après sa disparition (en 2018, ndlr), je me suis beaucoup questionné sur les morceaux qu’on avait fait ensemble mais assez rapidement, je me suis dit que c’était évident que j’avais envie de les sortir et de les jouer sur scène. On avait eu une expérience formidable il y a cinq ans quand on a enregistré mon album précédent. Elle habitait à Reims et moi je suis dans le Sud donc ce n’était pas évident de se rencontrer mais j’avais flashé sur sa voix et sur sa personnalité artistique. On a passé deux jours ensemble dans mon studio à faire de la musique et on a passé un super moment. Il en est sorti “It Just Happens” qui est le morceau le plus spontané que j’avais composé à ce moment là. Généralement je mets plutôt deux ou cinq ans à en faire un. Au moment où je cherchais à reconstituer un groupe pour m’accompagner sur mes expérimentations live et sur mon nouvel album, je recherchais de la féminité dans le projet. J’ai beaucoup tourné autour du pot avant de me rendre compte que c’est à Paulette que je pensais pour faire ces voix. Je l’ai appelé et j’étais ravi qu’elle vienne pour ce nouveau projet ensemble.

Pour revenir à “Urban Mood”, j’avais cette mélodie un peu catchy et je n’ai jamais su quoi chanter dessus. C’est au dernier moment que j’ai demandé à Paulette de m’aider et on est parvenus à ce résultat un peu décalé par rapport à ce qu’elle faisait d’habitude. Pour moi ça a éclairé le morceau.

De la même manière qu’elle a vraiment illuminé le disque dans sa généralité.

Elle avait cette manière d’éclairer mon chemin quand j’étais bloqué. J’essaie de garder en tête tout ce qu’elle m’a apporté et de la garder un peu avec moi, c’est pour ça que je l’emmène sur scène aussi même si c’est difficile. J’aime retenir cette spontanéité et cette lumière qu’elle avait. J’ai parfois tendance à trop réfléchir et être dans un perfectionnisme qui n’est pas vraiment ce que je recherche dans la musique. Paulette, elle avait ce côté enfantin qui faisait qu’on était très opposés et à la fois complémentaires. Chanter ensemble, c’était formidable.
 

Est-ce qu’on peut revenir également sur ta collaboration avec Fred Nevché? Que t’as-t-il apporté artistiquement?

On a passé beaucoup de temps ensemble ces trois dernières années. On est très différents et pas forcément faits pour s’entendre au départ. Je ne sais pas trop où j’allais au début de notre collaboration et j’étais sur la réserve. Aujourd’hui je suis très fier et heureux de cette collaboration qui m’a permis de prendre confiance et de me découvrir dans un rôle différent. Je me suis senti hyper à l’aise d’être second, assistant et soutien. C’est un peu ce que je suis devenu pour Nevché, je suis un pilier dans son projet. Je le dis sans prétention mais on a cette relation où je sais qu’il sait qu’il peut compter sur moi. Il n’avait jamais fait de disque avec des textures électroniques et l’accompagner là-dedans, c’était un cheminement super intéressant et valorisant pour nous deux. Quand je pense à Fred, je pense aux moments que l’on a passé autour du piano et je sais que j’ai envie de me retrouver de nouveau dans cette situation. Ça m’a appris une certaine forme de légèreté, c’est quelqu’un qui fonctionne beaucoup plus dans l’instant que moi.
 

Quelles sont les prochaines étapes pour ton projet solo ou pour tes autres projets?ˋ

Je n’ai pas encore tout à fait fini l’étape de cet album qui vient tout juste de sortir. Le plus important, ce sont les prochaines dates à venir. Je suis très fier et heureux de cet album qui me ressemble, je me sens en harmonie avec les morceaux. J’ai envie de les travailler le plus possible pour toucher les gens. Je vais aussi essayer de me rendre plus disponible pour Ghost Of Christmas pour un prochain disque, j’ai hâte de retrouver Gaël pour faire de la musique. Pareil avec Fred, j’ai hâte qu’on puisse se retrouver en studio ensemble. J’ai aussi envie d’être disponible pour de nouvelles collaborations et peut-être ne pas attendre quatre ans pour faire le prochain disque solo!
 

Words (Without) est disponible via Internexterne.

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