Interview

The George Kaplan Conspiracy : « 24 mois de gestation c’est extrêmement long »

Quoi de plus judicieux pour un groupe que d’emprunter à Cary Grant le nom de son personnage le plus mythique mais aussi de son personnage le plus fictif?

Voici l’idée originelle derrière la création du nom de The George Kaplan Conspiracy, trois oiseaux de nuit qui se sont rencontrés sur les bancs du lycée et qui cherchaient déjà un bon prétexte pour échapper aux étiquettes de genre. A les entendre, leur démarche artistique se veut surtout personnelle et introspective. Il s’agit de se faire plaisir soi-même avant de donner du plaisir au public. Forts d’une longue tournée à la suite de leur premier EP Night Drive qui leur a valu le prix Jeunes Talents en 2013 et d’ouvrir pour Tahiti 80, Tristesse Contemporaine ou encore Baxter Dury, The George Kaplan Conspiracy est de retour avec son nouvel EP The Light Inside, où les trois compères affirment une certaine identité musicale à la croisée de Kraftwerk, LCD Soundsystem et Hot Chip.

Nous avons rencontré Bastien et Valérian afin d’en savoir plus sur le projet et pour réussir à comprendre leur recette de leur pop dansante et intemporelle.

 

Blank Title :  Comment vous vous êtes rencontrés et comment vous avez décidé de faire de la musique ensemble ?

Bastien : J’étais dans le même lycée avec Gabriel à Dijon. On a connu Valérian via le skate parce qu’on en pratiquait tous les trois à l’époque. On n’était pas dans les mêmes bandes mais Dijon c’est un petit village quand on fait du skate. En grandissant, certains se sont mis à faire de la musique et à écouter ce que faisaient les autres. On est devenus potes après, quand les histoires de lycée sont tombées à l’eau et que les bandes se sont élargies.

Valérian et Gabriel sont de Dijon et moi je suis originaire de Bordeaux. Quand je suis reparti habiter à Bordeaux, j’ai monté le projet avec Gabriel. Je suivais ce que faisait Valérian musicalement et quand on s’est mis à chercher un troisième larron, on s’est dits que ce serait peut-être le bon.

 

 

Votre deuxième EP sort aujourd’hui, comment vous-vous sentez?

Bastien : Je me suis réveillé il y a une heure alors pour l’instant ça va. Mais ouais on avait très hâte quand même, ça faisait un moment que ça traînait.

Valérian : C’est un peu comme un enfant qui quitte la maison. On l’a élevé, on lui a changé les couches, on l’a couché, on lui a raconté des histoires pour qu’il s’endorme, on lui a payé la fac. Là ça y est, il a un boulot en CDI et on est contents. Ça ne nous appartient plus maintenant.

Bastien : C’est comme un accouchement avec 24 mois de gestation. C’est extrêmement long.

 

Vous avez passé deux ans dessus?

Bastien : A la sortie de notre premier EP, on a fait pas mal de dates et on ne s’est pas posés la question de ce qu’on allait faire après. On s’est mis à composer beaucoup de morceaux parce qu’on aime faire ça. On ne se posait pas de questions pour savoir s’il fallait sortir un autre EP pour avoir de l’actualité. On a sorti Meeting Place il y a deux ans qui était déjà sur notre premier EP et après on a enregistré Again et sorti son clip. Au bout d’un moment à sortir des morceaux un par un, on s’est dits qu’il fallait un vrai format et une cohérence. On a réfléchi devant les morceaux qu’on avait composés, on les a enregistrés et c’est ce qui nous a pris un peu de temps.

Valérian : On n’a pas passé deux ans non-stop dessus.

 

Pourquoi ce titre The Light Inside?

Bastien : C’est la notion de dualité qu’il y a sur l’EP. On parle souvent de la nuit parce qu’on est des oiseaux de nuit.

On bosse la nuit, on répète la nuit et on fait une musique de nuit.

Sur cet EP il y a des morceaux qui sont plus ambivalents et qui ne sont pas que nocturnes.

Il y a plein de choses qui nous plaisent dans la nuit. L’idée d’aller faire la fête avec des potes, danser, mais il y a aussi les errances nocturnes, la solitude et plein de choses un peu moins funs disons. Ce titre c’est l’idée que tout n’est pas noir ou blanc et qu’il y a peut être quelque chose de mieux qui nous attend. C’est comme Star Wars en fait, tout est une histoire de bien et de mal, de noir et de blanc. Personne n’est tout noir ou tout blanc, même chez les jedi.

Valérian : Surtout chez les jedi.

 

Justement à propos de votre 1er EP vous disiez qu’il fallait l’écouter durant un voyage de nuit, que fait-on pour celui-ci?

Valérian : Je dirais que c’est plus un cheminement sur une fin de journée de 18h jusqu’à 5h du matin.

Bastien : Ah ouais, c’est bien ça.

Valérian : Je ne vais pas partir dans le délire « on va faire la fête et c’est cool » mais plutôt quelque chose qu’on peut ressentir quand on part de chez-soi pour rejoindre des potes, ensuite ça monte on fait la teuf et il faut rentrer il est 7h du mat’, il fait froid, il y a de la brume, il y a juste des voitures et des gens qui vont travailler et y a un peu ce truc-là, introspectif. En tout cas quand je rentre le soir ça m’arrive.

Bastien : Jusqu’au lever du soleil même.

Valérian : Ouais, ça m’arrive rarement mais quand ça m’arrive, je marche souvent c’est sur de longs trajets et il y a un petit moment introspectif qui n’est pas forcément désagréable.

Bastien : Mais oui, c’est peut-être plus un accompagnement sur une plage-horaire plutôt que pour un moment spécifique.

 

 

Pourquoi George Kaplan?

Bastien : George Kaplan au tout début c’était quelque chose que je faisais tout seul chez-moi. Je suis très fan de Hitchcock et surtout de La Mort aux Trousses. George Kaplan est un personnage qui n’existe pas.

The George Kaplan Conspiracy c’est un prétexte pour avoir le droit de ne pas avoir d’identité précise, de pouvoir se réveiller un matin et faire de la disco-funk, le lendemain faire de la pop et le surlendemain de la folk.

L’idée de pouvoir un peu balayer à droite et à gauche, c’est vraiment je ce que je voulais. Très rapidement le projet s’est concrétisé avec Gabriel et Valérian. Même si en tant que groupe il y a forcément une patte qui se dégage avec la voix de Gabriel, certains sons de synthés ou des boîtes à rythmes qui se reconnaissent d’un morceau à l’autre et qui font l’identité du groupe, il y a quand même une volonté de ne pas se fermer de portes et de balayer un peu large en terme de style.

 

Vous sentez qu’il y a une évolution de style entre vos deux EP’s?

Valérian : Je pense qu’on a jamais fait de la musique consciemment en se disant « aujourd’hui on va faire de la house et demain on fera du reggae ». On écoute beaucoup de musiques différentes. Quand on amène nos compos pour les bosser ensemble, il s’avère que des fois il y a des thèmes plus mélancoliques, pop, j’ai même envie de dire des ballades. Je vais schématiser mais on va dire qu’ensuite je vais y rajouter une touche qui sera un peu plus disco dans un format plus long et cela nous donne un nouveau morceau. Vu qu’on travaille nos morceaux ensemble il y a une certaine unité sonore qui se dégage mais tout est spontané.

 

Comment vous décririez The Light Inside alors?

Valérian : Je dirais pop. Parce que pour moi la pop music c’est autant The Beatles que Bob Marley .

Bastien : Bob Marley c’est quand même pas mal typé reggae.

Valérian : Oui c’est typé reggae mais ça reste de la pop. Et nous c’est pareil, j’ai du mal à catégoriser.

Bastien : Moi je dirais pop avec des éléments électroniques pour pas que les gens pensent que c’est uniquement une formation guitare/basse/batterie mais je trouve que ça reste un format pop.

Valérian : Oui voilà, s’il faut nous catégoriser dans Spotify et iTunes, je dirais pop électronique. Mais encore une fois, Kendrick Lamar c’est du R’n’B mais c’est surtout de la pop.

 

Comment vous jouez en live?

Bastien : Sur scène, on est toujours trois. Il y a Gabriel, le chanteur qui joue de la basse, de la guitare et du clavier. Moi je joue de la guitare et de la basse et Valérian s’occupe de toute la programmation et d’une montagne de synthés. Avec Gabriel on s’échange les rôles entre guitare et basse.

On a toujours un peu composé en pensant au live. Pour cet EP on a essayé de faire différemment mais chaque fois qu’on composait quelque chose c’était en live. On pensait avant tout à se faire plaisir en jouant c’est à dire qu’on ne réfléchissait pas à se dire « tiens il faudrait que ce soit comme ça sur l’EP ». Parois quand on répète, on se dit « tiens là faudrait que ça parte plus, là il faudrait que ça se calme ». Avec cette manière je pense qu’on a toujours réfléchi nos compos pour le live. Et on s’amuse bien en live.

Valérian : C’est vrai qu’on s’amuse bien en live.

 

 

Vous faites une Release Party aux Bains le 9 février?

Bastien : Oui avec un DJ set de Plaisir de France.

Valérian : Nous, on va essayer de bien jouer! Pour le moment on n’a pas d’invité surprise, Madonna ne viendra malheureusement pas et Prince non plus.

 

Que filmerait votre ami Alfred Hitchcock en 2017?

Bastien : Justement je suis allé voir le dernier film de Tom Ford, Nocturnal Animal et je trouvais qu’il y avait une grosse touche Hitchcock dans l’intrigue et la musique. Je pense qu’il continuerait de faire la même chose, de faire de super thrillers. Un peu comme les Tom Ford d’aujourd’hui qui sont plus dans la suggestion que dans la violence graphique avec une tension vraiment palpable à l’écran. L’intrigue s’installe sur la longueur et c’est ça que j’aime bien chez Hitchcock.

Valérian : Je pense qu’il ferait toujours la même chose mais en réalité virtuelle. Genre Les Oiseaux en VR.

Bastien : Ou Vertigo.

 

Quels sont vos plans pour 2017?

Bastien : On sort l’EP aujourd’hui, release party le 9 à Paris. On est en pleine préparation pour le tournage du clip de Foogy Goodbye qu’on va tourner un film sur pellicule on est super contents. On bosse avec un réal parisien qui s’appelle Julien Capelle qui est un pote qu’on avait rencontré sur d’autres projets musicaux. On va essayer de tourner ça en février et sortir ça en mars, on a hâte que ça se fasse. Ce sera justement un peu brumeux et vaporeux. Ensuite on a quelques dates mais je pense qu’on va assez vite se replonger dans la compo. On s’est pas mal occupés de la promo de cet EP ces derniers temps. On a tous plein de morceaux de côté et on aimerait bien enchaîner assez rapidement. On réfléchit à un premier album. Je pense qu’on en discutera un peu après la Release Party pour savoir comment on va s’en occuper mais on va essayer de sortir de nouvelles choses assez rapidement.

 

Qu’est ce que vous écoutez en ce moment?

Valérian : Alors moi c’est très bizarre en ce moment j’écoute plein de trucs différents. J’écoute du zouk des Antilles françaises, je précise, de la fin des années 70-début 80. J’écoute pas mal MF Doom que j’avais un peu oublié, le dernier Mac DeMarco que j’ai trouvé vraiment très cool et surtout Thundercat qui a sorti deux singles qui sont vraiment sympas.

Bastien : Pour ma part le dernier truc que j’ai écouté en date c’était hier, le nouveau Mac DeMarco que j’ai trouvé très cool, que j’ai écouté 50 fois. Je me suis remis à écouter Nina Simone parce que j’ai revu la saison 3 de BoJack Horseman qui finit sur un morceau de Nina Simone. Je me suis remis à écouter Rubin Steiner aussi, l’avant-dernier, Discipline In Anarchy, que j’ai réécouté il y a quelques jours et qui tourne en boucle depuis car il est génial. J’écoute toujours le dernier Frank Ocean que je trouve extrêmement bien aussi.

 

Vous êtes plutôt tournés vers le cinéma et les séries, c’est une part du projet?

Bastien : Je ne sais pas si c’est le cas pour le cinéma et les séries à proprement parler mais il se passe quelque chose au niveau de l’image c’est sûr. Valérian est graphiste à côté du groupe, il fait des pochettes pour des groupes. J’ai fait des études de graphisme aussi, on fait tous les deux de la photographie argentique, Gabriel a beaucoup bossé la musique et l’image sur des films. Je pense qu’on est tous fans d’images, qu’elles bougent ou pas. On est tous fans de séries.

Valérian : Alors je ne regarde pas de séries parce que j’ai du mal avec le format mais quand c’est beau, comme Stranger Things pourquoi pas, même si je ne l’ai pas regardé en entier. Mais les épisodes des séries sont toujours trop courts, on a envie que ça dure plus longtemps.

 

C’était facile pour vous de réaliser le clip de Feel That Show?

Bastien : C’était quand même un peu long, je ne le cache pas. On faisait chaque dessin à la main, il devait y avoir entre 15 et 20 dessins par seconde, donc sur 4 minutes cela représente beaucoup de temps, on y a passé beaucoup de temps. Ce qui est surtout laborieux dans l’animation, c’est que ça met du temps à être gratifiant parce que tu peux passer une heure à dessiner et regarder tes papiers, essayer de les animer un peu et tu t’aperçois que tu viens de réaliser une demi-seconde. Tu vois le début du mouvement qui est extrêmement gratifiant mais en même temps tu te dis « putain ça fait une heure que j’y suis et il bouge à peine le bras ».

On essaie aussi de se faire plaisir à travers nos clips, trouver des idées qui nous plaisent. Je pense qu’on est assez motivés par le plaisir. Avant de se dire que ça va plaire aux gens, on pense surtout à se faire plaisir en bidouillant n’importe quoi, même en faisant de la musique, c’est surtout une volonté personnelle.

 

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