Interviews

Isaac Delusion, grandes fées de La Douve Blanche

Photo : Hellena Burchard

Depuis quatre ans, le festival La Douve Blanche étonne et séduit. Planté dans les douves d’un somptueux château au beau milieu de la campagne (plus précisément, à Egreville, près de Fontainebleau), le décor bucolique est assorti d’une programmation éclectique. Aux côtés d’artistes impeccables dont la renommée ne cesse de croître, tels qu’Isaac Delusion et Randomer, on découvre des groupes aux influences punk (Faire avec leurs pantalons multicolores et délirants) et pop-électro qui n’hésitent pas à se lancer dans des danses endiablées (Macadam Crocodile, nos chouchous). En bonus, on se régale pendant tout le week-end avec les burgers savants préparés par Animal Kitchen et autres bars à huîtres à prix abordables, en réglant le tout avec des ‘écus’, la monnaie officielle de ce festival sorti d’un conte de fées. Que demande le peuple ?

Vendredi soir, à peine arrivés au festival après une petite heure d’escapade à travers la forêt, notre tente de camping fin prête, on se hâte vers les loges : on va avoir la chance d’interviewer Isaac Delusion, la tête d’affiche du festoche et dont la réputation n’est plus à faire ! L’interview étant prévue avant le concert, on les retrouve donc pour siroter une petite bière et parler musique. Problème : Loïc, le chanteur du groupe, est introuvable ! Jules, le co-fondateur du groupe, nous lance avec un grand sourire: « Honnêtement, c’est un mal pour un bien, on fera l’interview après le concert, ça sera bien plus intéressant ! ». Il n’a pas tort, le Jules. On est revenus après le concert, et les membres du groupe, encore chauds bouillants, ont pu nous livrer leur ressenti brut de la scène. En plus d’être talentueux, les Isaac Delusion sont des mecs super sympas.
 

Le Bombardier : Bravo pour le concert, c’était la folie ! J’espère que ça vous a plu autant qu’à moi ?

Jules : On a adoré ce concert. L’ambiance était géniale. Clairement, les copains d’Animal Kitchen ne nous ont pas menti !
 

En parlant de concerts, vous venez juste d’achever une tournée. Avez-vous une anecdote particulière à nous raconter ?

Jules : Pendant l’un des concerts, on a dû jouer sous une pluie torrentielle. On a enfilé des K-Ways. On voyait nos synthés et tous nos instruments prendre l’eau, mais on a continué à jouer car le concert avait commencé et on n’osait pas s’arrêter en plein milieu. C’était flippant.

 

Vous avez récemment repris “Couleur Menthe à l’Eau”, d’Eddy Mitchell. Pourquoi ce choix improbable ?

Loïc : On voulait faire quelque chose de différent. Honnêtement, on voulait surtout faire quelque chose qui n’avait aucun rapport avec notre musique. On a donc choisi un morceau universel, qui représente véritablement la culture française, un standard.
 

Donc ce n’était pas du tout par amour pour Eddy Mitchell, en fait !

Loïc : Ah non, pas du tout !

Jules : Enfin, quand même, Loïc s’est reconnu dans les paroles. On a malgré tout ressenti un lien avec les paroles, même si on n’est pas spécialement fan d’Eddy Mitchell.
 


 

Je dois vous avouer que j’ai adoré la chanson “Voyager” sur votre dernier album, et que vous avez aussi jouée ce soir. Notamment, j’ai été très étonnée par ses sonorités reggae, cela ne correspond pas à votre style habituel. Pourquoi ce choix ?

Loïc : C’est vrai. Jules est un grand fan de reggae, beaucoup plus que moi, je pense.

Jules : Je voulais vraiment faire du reggae, mais c’était très difficile à combiner de manière cohérente avec notre style de musique. J’ai donc pu intégrer un son de flûte de pan, pour atténuer le côté trop marqué du “reggae”. D’ailleurs, pour l’anecdote, c’est l’un des morceaux qui ont été envoyés dans la sonde “Voyager”, d’où le nom du titre qui a inspiré Loïc.
 

Vous avez des petits chouchous parmi les groupes programmés à la Douve Blanche cette année avec vous ?

Jules : On a déjà joué avec Form, qui se produisent également au festival cette année. Sinon, on aime beaucoup le groupe Faire, on était sur le même label avant.

Loïc : On aime bien leur univers.

Jules : Attends, et je viens de me rendre compte que Simo Cell qui joue demain, était mon colocataire en Australie ! (Rires). On vivait ensemble à Melbourne. A l’époque, je bossais déjà sur des projets musicaux, mais je faisais plutôt de la vidéo.
 

Vous travaillez avec un petit label, c’est important pour vous de rester indépendants ?

Loïc : En fait, on a déjà travaillé avec des gros labels, tels que Warner, par exemple. Mais on préfère largement les labels indépendants. On essaie de créer une musique en autarcie, qui nous ressemble vraiment. On s’est lancés le pari de tout faire par nous-mêmes, et de travailler uniquement avec des gens de notre entourage, des amis. On veut à tout prix éviter les hiérarchies, les contraintes. Ce serait un frein pour nous. On aime l’idée de “débrouille”, c’est de là qu’on vient, et tous les artistes que l’on côtoie ont la même vision des choses. Au final, le milieu indé, c’est un état d’esprit avant tout. Peut-être qu’on changera d’avis plus tard, mais pour l’instant, il n’en est pas question !
 

C’est vrai que cela vous permet de conserver votre propre univers et d’échapper à des influences trop commerciales.

Jules : Loïc a même écrit un morceau à ce propos, qui s’appelle “Devil’s Hand”, sur notre premier album. C’est une métaphore.
 

La main du diable. Intéressant. Pour s’éloigner un peu du sujet, vous écoutez quoi en ce moment ?

Loïc : Flavien Berger va sortir son deuxième album. Jules et moi considérons qu’il contribue au renouveau de la culture française. C’est à notre avis l’un des artistes les plus talentueux du moment. On aimerait faire un morceau avec lui mais c’est un peu éloigné de notre style.
 

Rust & Gold d’Isaac Delusion est disponible via Microqlima.