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Laurence Wasser : “J’ai toujours adoré le son de l’accordéon dans le métro”

Photo : Jade Smith

Il y a comme un air d’actualité dans la musique de Laurence Wasser, quelque chose qui sonne juste entre les cris, les portes du métro et ses légers sifflements. Né en France, autodidacte et actif depuis les années 2000, c’est d’abord dans une formation portant son nom que le musicien se fait remarquer en ouvrant pour Ariel Pink et George Leningrad.

Il trace désormais sa route en solo depuis plus de dix ans. Là où le vent le mène, là où il traque les bonnes et mauvaises ondes entre Bruxelles, Berlin, San Francisco ou encore Paris. Laurence Wasser capte ces énergies urbaines et les retranscrit, comme dans son album V sorti en 2017 sur son label Atomic Bongos. Onze morceaux pour une durée de vingt minutes à peine au gré des voix impulsives, des guitares sanguinaires et des rythmes accidentés qui dévoilent pudiquement leur richesse enracinée dans le blues et le garage halluciné. Décrit comme “une ballade sous le ciel gris de la Vème république, celles des maisons Bouygues, des trains Ouigo et de la colère qui gronde”, V s’articule autour d’une frénésie politique, sociale et artistique que Laurence Wasser souligne avec habileté.

Ce samedi dans le cadre du festival MOFO, Laurence Wasser va proposer une création originale qui répond au doux nom de Flowers. On l’a appelé pour lui poser quelques questions.
 

Le Bombardier : As-tu un lien particulier avec le festival MOFO?

Laurence Wasser : J’y ai joué en 2006. C’est un festival dont j’ai de très bons souvenirs, en tant que musicien et public. C’était une édition bien cool. Je répétais à Mains d’Oeuvres il y a très longtemps, j’avais des copains graphistes en résidence là-bas, c’est un super endroit. J’ai appris qu’ils ont failli fermer.
 

Cette année il y a des groupes dans la programmation que tu connais ou que tu aimerais voir en particulier?

Société Étrange, c’est des copains et j’aime vraiment ce qu’ils font. Je les ai vus jouer il y a peu à la Pointe Lafayette et je les ai trouvés hyper bien. Il y a King Khan qui joue avec son nouveau projet Louder Than Death aussi.
 

Tu vas y jouer une création originale qui va s’appeler Flowers. Est-ce que tu sais ce que tu vas faire?

Je ne sais pas complètement ce que je vais faire encore. Il y a plusieurs directions possibles. Ça fait un petit moment que je travaille avec de vieux instruments comme l’accordéon et j’avais bien envie d’envie d’explorer un peu plus cet instrument en mode chanson java. Je pense aussi à des choses un peu plus percussives. J’ai commencé hier à faire des essais mais ça va se mettre en place cette semaine.
 

L’accordéon n’est pas forcément un instrument qui a une bonne réputation.

J’adore les instruments qui n’ont pas bonne réputation. On m’avait fait le même coup avec le saxophone en me disant que ça faisait trop années 80. Les instruments sonnent selon ce qu’on en fait. Il n’y a pas d’instruments que je n’aime pas. Quand j’avais deux ans, mes parents m’ont acheté un accordéon en plastique. J’ai toujours adoré le son de l’accordéon dans le métro et j’aime bien la vieille java.
 

Par rapport à ton album V qui est sorti fin 2017, je relisais sa présentation qui parlait de colère qui gronde et je trouvais qu’il y avait pas mal de parallèles avec la situation de la France aujourd’hui.

Oui je suis très content de ça (rires). Pas spécialement pour le disque mais je suis content qu’il y ait un peu de mouvement. C’est un disque sur la France que j’ai enregistré aux États-Unis. Quand j’y étais, il se passait plein de trucs en France pendant les émeutes sous Manuel Valls et François Hollande. Il y avait déjà eu beaucoup de répression.

En voyant la société américaine, je voyais comment la société française allait évoluer et ça me rendait fou de rage.

Il y a aussi un rapport autobiographique par rapport à ma jeunesse en France avec un peu d’ennui, un peu de frustration. Je trouve que c’est un pays qui a un gros problème au niveau de la lutte des classes. Lorsque tu parles avec des Belges qui sont dans un royaume, ils se moquent souvent de la France révolutionnaire et de l’étranger, tout le monde voit que la structure sociale française est très rigide. Ce disque, c’est une façon de parler de ça tout en restant muet. Il n’y a pas de paroles et c’est une volonté de faire quelque chose influencé par la musique américaine. J’adore la folk américaine et le blues, mais en même temps c’est clairement de l’impérialisme. C’est en étant là-bas que je me suis rendu compte de ça. Il y a un rapport muet quant à la classe et à la culture.
 

C’est un album effectivement politique et pourtant sans paroles. Penses-tu que la musique doit apporter un message particulier et qu’elle doit se mêler de politique?

Le message, c’est un terme de communication. Ça ne fonctionne pas comme ça. La musique fait partie de la vie donc pourquoi pas mettre de la politique. Je n’ai jamais été très fan des chansons soit disant engagées, à texte, je trouve que c’est souvent c’est un peu condescendant avec une espèce de posture héroïque que je trouve insupportable. Ceci étant dit, la dimension politique me paraît fondamentale.

Mon éducation politique s’est aussi faite à travers la musique.

Je vais prendre l’exemple de Berrurier Noir qui est un groupe super important pour moi. Il y avait une espèce de rage qui tapait juste et qui décrivait quelque chose. Est-ce toujours pertinent je ne sais pas mais je pense qu’ils ont eu une incidence sur les jeunes. D’ailleurs il y a une super interview de Laurent sur YouTube, un peu à l’arrache mais c’est une belle leçon de citoyenneté. Par contre, les chanteurs engagés m’insupportent. Si tu es énervé et que tu as besoin de parler, parles-en mais ça ne doit pas être une posture. Je n’aime pas les concerts où les mecs font de grands messages. Ça reste du divertissement et la politique ne se joue pas là. Par contre, si tu peux utiliser la dimension émotionelle de la musique pour amener certaines idées, alors pourquoi pas.
 

Quelles sont les prochaines étapes pour Laurence Wasser et ton label Atomic Bongos?

J’ai une petite K7 qui est sortie sur un label à Berlin que je vais rééditer sur Atomic Bongos. Je vais tourner avec ça. Ce sont des morceaux qui sont plus en lien avec l’expérience que j’ai eu en Californie et notamment le rapport avec la nature qui est complètement flingué là-bas. C’est plus calme, je joue de la mandoline accordée une octave en dessous avec du chant diphonique.
On vient de sortir un disque de The Soft Rider et on va sortir un 45 tours de Commando Koko.
 

V est disponible via Atomic Bongos.


 

Laurence Wasser en concert :
26/01/19 : MOFO Festival – Saint Ouen (event)