Interviews

Nasser : the game is not over

Photo : Thomas Bertini

Ils avaient placé la barre très haut avec leur second album-rouleau compresseur #7 et l’on se demandait bien comment Nasser parviendrait à faire chavirer de nouveau les cœurs. Le trio devenu duo est de retour cinq ans après avec The Outcome, marquant un nouveau chapitre de l‘aventure commencée en 2009. Une ascension qui a menée le chanteur/batteur Nicolas Viegeolat et le guitariste/claviériste Simon Henner à devenir des figures notables d’une scène marseillaise en ébullition ; le projet solo et électronique de ce dernier sous le nom de French 79 et son remarquable Olympic sorti en 2016 ou encore son groupe pop/rock Husbands qu’il mène aux côtés de Kid Francescoli et Oh! Tiger Mountain – pour en nommer quelques uns.

Avec The Outcome, Nasser-nouvelle formule confirme que sa musique est comme le bon vin : elle s’embellit à mesure que le duo gagne en expérience. Détenteurs d’une recette imparable, les Marseillais proposent comme leur tradition l’exige des morceaux taillés pour le live, de l’insolent “Rupture” façon Soulwax à l’inflammable “Can’t Get Out” et s’offrent de longues parties instrumentales à l’image des pharamineux “Ghost Radio” et “Listeners” ou sur le colossal “Chaos A.D”. Des parenthèses en suspension qui rappellent que les deux complices proviennent de l’univers du cinéma et qu’ils réalisent d’ailleurs les clips issus de The Outcome, destinés à former un court-métrage dont le sens se dévoile au fil des sorties. Fuites en avant, montées d’adrénaline et transe jubilatoire : l’expérience de cet album de Nasser est salutaire. On les a rencontrés il y a quelques semaines pour leur poser quelques questions sur ce retour bienheureux.
 

Le Bombardier : La présentation de ce nouvel album change sensiblement des précédents et vous êtes passés d’un trio à un duo, qu’est ce que ça change pour vous?

Nicolas Viegeolat : On a voulu lancer une nouvelle ère du groupe. Notre dernier album date de 2013 et arrivés au bout de cinq ans de pause discographique où chacun on a fait ses propres expériences, on voulait prendre un nouveau départ.

Simon Henner : Pour la présentation et la pochette, vu que les chiffres allaient de pair avec les photos d’identité, on a décidé de ne les plus utiliser. On a tout de même voulu rester sur les pochettes pour nous voir évoluer avec le temps, vieillir et devenir grisonnant. Globalement on s’est toujours occupés de la partie musicale. Romain s’occupait surtout de la direction artistique et conceptuelle. Sur scène on est toujours trois. C’est important pour nous d’être un groupe sur scène.

Nicolas : Ça faisait un peu restriction budgétaire de se retrouver à deux sur scène. Notre musique est une musique qui se joue avant tout en live donc on a besoin d’être trois.
 

Il y a eu des changements sur scène?

Simon : On a beaucoup hésité, on voulait même se mettre à quatre ou plus.

Fanfare !

Simon : Ouais fanfare, avec 20 choristes.

Nicolas : Si tu dissocies tous les instruments qui sont joués dans Nasser, on peut rapidement être très nombreux, ça peut vite devenir le foutoir.

Simon : Finalement on a retourné le truc dans tous les sens et on s’est dit qu’à trois c’était la bonne formule.

Nicolas :

Notre ami Munk de Gomma Records en Allemagne nous a dit un jour « When people come to see Nasser, they want to see three kids on stage so you have to be three kids on stage ». Ça nous a aidé à prendre une décision.

 

C’est le même qui vous avait soufflé de travailler avec Jan Siebert qui a produit votre deuxième album. Comment l’avez-vous produit celui-ci?

Nicolas : La production de Nasser n’a jamais changé. On fait tout en studio ensemble et après on laisse le mix et le master à un ingénieur du son plus compétent que nous dans ce domaine. C’est Simon qui a amené Antoine Thibaudeau du studio Rumble Sound, c’est un super ingé son qui nous a fait un travail d’enfer sur cet album. Il avait déjà travaillé sur les productions de Simon.
 


 

Qu’est ce que vous pouvez me dire sur votre collaboration avec Kaori Ito?

Simon : On a déjà eu des voix féminines sur “Warning” et “The Shooter”. On a toujours bien aimé avoir une espèce de narration sur nos albums. Ce n’est pas quelque chose d’hyper nouveau. Là où on a évolué c’est qu’on a pris une vraie personne.

Nicolas : Et on a pris du temps pour lui écrire un texte. C’est une grande danseuse contemporaine japonaise assez renommée dans ce milieu-là. Elle a bossé avec Preljocaj pendant sept ans, elle a tourné dans un film de Jodorowski, elle est aussi à la Comédie Française avec Podalydès. C’est une nana exceptionnelle parce que c’est une boule d’énergie qui te donne plus qu’elle ne prend. Je l’ai rencontrée au cours d’une résidence d’artistes sur laquelle je bossais à Arles et je l’ai vue danser. Je lui ai demandé si l’on pouvait bosser ensemble. Elle est venue au studio et on a enregistré rapidement.
 

Sur cet album vous prenez davantage le temps pour de longues plages instrumentales, presque expérimentales.

Simon : On essaie toujours de voir l’album comme un film donc il y a toujours un peu de plages. Ce que j’adore faire sur un titre, c’est de mettre un fade-out très rapidement pour que l’auditeur puisse justement s’imaginer que la chanson peut durer quinze minutes mais qu’on a été obligé de la couper pour que ça puisse rentrer dans un album. Qu’en fait le morceau pourrait être une histoire super longue de deux heures, le temps d’un film. En tout cas sur scène il y en a davantage parce que ce sont des moments dansants, on ne chante pas, et justement on fait plus de montées de synthés et de superposition de nappes. On aime bien ça, ce genre de moments un peu libres où tu peux t’imaginer ce que tu veux.
 

Un morceau dont vous êtes le plus fier?

Nicolas : “The End”.

Simon : Oui je crois qu’on est d’accord là dessus. On aime beaucoup la version studio et on adore la jouer.

Nicolas : Et “Love”. C’est un morceau qu’on a essayé de faire, qu’on faisait jamais jusqu’à présent sur nos albums. C’est un peu plus lent, le chant est complètement différent. J’aime toujours en mettre deux plutôt qu’une.
 

Sur le titre “The End” vous insistez sur la thématique de l’outsider, vous vous sentez vous-mêmes outsiders?

Nicolas :

C’est une thématique récurrente qui nous obsède : les gens décalés et marginaux.
Je trouve que c’est toujours un peu compliqué d’arriver à faire ce que tu as envie de faire dans la vie et de garder cette éthique en marchant la tête droite.

On ne va pas dire que les gens qui font ça sont des héros mais souligner que c’est dur d’avancer en gardant un cap précis. C’est une thématique intéressante sur des gens bornés qui essaient d’avancer coûte que coûte avec leurs envies.
 

En parlant de gens bornés, j’ai lu une de vos interviews où Nicolas parlait de l’Embobineuse en affirmant que « la salle se démenait pour survivre dans une ville de merde où les institutions de merde ne t’aideront jamais ». Est-ce qu’il y a une différence par rapport à Paris où actuellement beaucoup de petites salles ferment à cause de problèmes de sécurité, de nuisances sonores et autres contraintes, ou est-ce une problématique plutôt générale selon vous?

Simon : A Marseille, je pense que c’est plus un problème de fonds. Je me souviens que quand on avait joué à La Cigale à Paris, on nous avait dit qu’il fallait couper les basses à partir de 23h parce que le mec qui avait racheté l’appart’ au dessus de la salle avait appelé les flics au bout de deux jours en disant qu’il ne pouvait pas y avoir de concerts après 22h. On se disait que c’était quand même ouf d’acheter un appart au dessus de La Cigale et de ne pas supporter la musique, tu le sais que c’est une salle de concerts mythique ! C’est une problématique qui s’applique surtout sur Paris où il y a des initiatives mais où on te met des bâtons dans les roues. À Marseille, on part vraiment de très bas mais il commence à y avoir des trucs. On est sur la pente ascendante.

Nicolas : Pour l’Embobineuse, ils se retrouvent dans une problématique particulière, en face de théâtres qui ont déjà pignon sur rue et qui ont eux bénéficié de nouvelles arrivées de fonds publics puisque Marseille a été capitale européenne de la culture. Ces petites scènes font un gros travail associatif dans les quartiers dans lesquels elles sont, l’Embobineuse se situe dans un quartier qui n’est pas du tout rock’n’roll. Coûte que coûte la salle essaie d’avancer et de rester ouverte en se battant comme elle peut. Ces mecs sont de vrais outsiders pour le coup, c’est compliqué pour ces petites structures de rester en vie.
 


 

Ça a aidé ces initiatives que la ville soit nommée capitale européenne de la culture?

Simon : Ça a servi à plein de choses, ça a développé le centre-ville et ça nous a beaucoup aidé pour faire venir des gens. On voit que les Parisiens aiment beaucoup plus la ville. C’est juste que qu’on prend le mot au sens propre, “Marseille, capitale européenne de la culture”, ça nous fait encore rire.

Nicolas : Qu’est ce que c’est de toute façon ce label « capitale européenne de la culture »? C’est justement quand une ville est en déficit de culture, et bien tu as des capitaux européens qui sont injectés dans une ville pour qu’elle retrouve un peu de brillance culturelle. Et ça, ça ne vient pas la ville mais des fonds européens qui ont quand même fait beaucoup de bien.
 

Qu’est ce que vous écoutez en ce moment?

Simon : On trouve ça génial la manière dont on écoute la musique aujourd’hui. C’est comme si tu étais dans ton magasin de vinyles, tu peux rechercher ce que tu veux. Ce n’est plus évident de dire ce qu’on écoute en ce moment parce qu’on doit écouter 150 à 200 morceaux et on change le mois d’après. Avant, quand tu restais sur un album que tu écoutais plusieurs fois tu pouvais le nommer, maintenant c’est plus compliqué.

Nicolas : Tu sors Shazam en général.

Simon : Oui ou ta playlist Spotify et tu regardes les derniers morceaux ajoutés. Mais moi je trouve que c’est génial, ça change tout le temps.

Nicolas : C’est aussi bien de pouvoir vivre la musique plus en profondeur et de prendre le temps d’écouter un album. Justement, ces playlists te permettent de découvrir des artistes et ensuite tu peux approfondir si tu le souhaites.
 

Quels sont vos projets avec Nasser? Des envies en particulier?

Simon : Continuer surtout. On n’aime pas prévoir les collaborations. Des fois, ça vient au jour le jour sur un concert. On est toujours ouverts à faire plein de trucs sur le temps qu’on a évidemment. Pour l’instant c’est le début, on a du faire une dizaine de concerts sur notre nouvel album. On va donc le défendre, on a encore des singles et des clips à sortir. On va essayer de faire ça bien.
 

The Outcome de Nasser est disponible via Pschent Music.


Vers toutes les plateformes

Nasser en tournée :
samedi 16 juin : MARSEILLE – MARSATAC FESTIVAL – Grand Palais, Hall 6, Parc Chanot
vendredi 22 juin : PARIS – SOLIDAYS 2018
samedi 23 juin : AUXERRE – CATALPA FESTIVAL – CATALPA FESTIVAL
vendredi 06 juillet : LAC DE PASSY – O2 Festival / Mont-Blanc
samedi 25 août : BOZOULS – FESTA DEL TRAOUC
samedi 13 octobre : TOULON – RADESIDE FESTIVAL
vendredi 26 octobre : CANNES – PALAIS DES FESTIVALS
jeudi 08 novembre : PARIS – LA MACHINE DU MOULIN ROUGE (event)