Sara Zinger : “J’ai envie que tu viennes me voir en concert et que ta mère puisse m’écouter à la maison”

Revival. Perdue entre les années 80 et aujourd’hui, repérée par Jean-Louis Brossard, Arnaud Renotini ou encore Jean-Michel Jarre, Sara Zinger ne passe pas inaperçue dans le paysage électronique de ces derniers mois. Notre première rencontre officieuse avec la productrice avait eu lieu à l’improviste dans la moiteur du hall 9 des Trans Musicales de Rennes en décembre dernier. Ambiance festive, quelque peu alcoolisée et nocturne. Il était plus de trois heures et le public développait des atomes crochus avec la djette originaire de Dunkerque. Il faut avouer que des morceaux comme “Closer”, “Laurie” ou sa réadaptation d’”Another Brick in the Wall” des Pink Floyd ne laissent pas totalement de marbre.

À l’occasion de la sortie de son second EP Go Back, on a repris rendez-vous, de manière plus officielle cette fois-ci. C’est ainsi qu’on a retrouvé Sara Zinger dans cette charmante cour aménagée de l’Hôtel Grand Amour, rue de la Fidélité. Ça ne s’invente pas.
 

Le Bombardier : Tu as fait pas mal de dates depuis les Trans, as-tu gardé le même set-up ?

Sara Zinger : J’ai deux formules : l’une en DJ set plus techno et l’autre formule live où je suis également aux platines mais où je joue uniquement mes productions. Un mélange de productions clubs et d’autres issues de mon nouvel EP donc plutôt axées synthwave et pop/électronique disons. J’ai du mal à définir. J’ai un ami qui me disait que je faisais de la new-new-wave. J’aime bien cette formule parce que ce sont mes influences.
 

Pourquoi avoir choisi de reprendre “Another Brick In The Wall” de Pink Floyd?

L’original traînait dans ma clé USB depuis des années, comme pas mal de monde j’imagine. J’ai été programmé aux Trans Musicales de Rennes. Aux Trans, ce sont des artistes pas vraiment connus et souvent le public ne peut pas chanter pendant les concerts parce qu’il ne connaît pas encore les morceaux. Pour tirer mon épingle du jeu et faire plaisir aux gens, j’ai songé à la manière de rendre cela possible. J’ai pensé à une réadaptation et instinctivement c’est ce morceau qui est sorti. J’ai contacté JP Léon avec qui j’avais déjà collaboré sur “Laurie” et “Go Back” et je lui ai soumis l’idée qu’on le fasse à deux. A la base, il avait enregistré sa voix en témoin et je devais reposer ma voix dessus. Mais quand ça fait “Hey, teacher, leave the kids alone!”, je n’arrivais pas à être juste sur cette phrase. Ça s’est donc transformé en duo.

Je voulais juste le jouer en live, sans aucune prétention de le sortir, notamment par rapport aux droits. Aux Trans, elle était en plein milieu de mon set et j’ai vu qu’elle marchait très bien. J’entendais les gens chanter. Lorsque j’ai fini mon set avec “Go Back”, le régisseur m’a demandé de remettre un morceau parce que le groupe d’après n’était pas encore prêt. Et là en deux fractions de secondes, j’ai décidé de prendre le micro et de refaire Pink Floyd. Mon manager a fait la démarche de contacter la maison de disque de Pink Floyd pour obtenir les droits. Il y a eu plusieurs échanges de mails et ça a été plutôt facile. Ils ont écouté et validé.
 

Tu disais que cet EP était la synthèse de tes influences, entre mainstream et underground, tu peux m’en dire plus?

J’ai une grande sœur qui a 9 ans de plus que moi avec qui j’ai toujours partagé ma chambre. Quand j’avais 10 ans, j’écoutais des boys bands. C’était la guerre sur la chaîne-hifi entre mes CDs et les siens. Elle écoutait Depeche Mode, Nirvana, U2. J’ai rapidement accroché sur Oasis et j’ai grandi avec cette bipolarité. Au départ quand je mixais, il y a 10 ans de ça, j’étais tellement stressée avant mes DJ sets que j’écoutais Larusso ou des trucs à la con pour ne pas penser à la musique électronique. D’ailleurs à la maison je n’en écoute pas, je n’écoute que mes morceaux, du rock comme Niagara ou la nouvelle scène pop française comme Aloïse Sauvage, Fishbach ou Voyou. Ce sont des potes en plus. Ou les Backstreet Boys !
 

Tu as commencé à Marseille mais vis désormais à Paris, qu’est ce qui change dans la scène club parisienne selon toi?

À Paris c’est beaucoup plus organisé. Quand tu es DJ c’est plus intéressant d’être à Paris. Forcément tu es amené à bouger mais tu travailles aussi beaucoup localement. Du coup à Marseille, à part ce club dans lequel je jouais qui s’appelle La Dame Noire, il n’y avait pas grand chose. Et de savoir aussi qu’il y a pas mal de monde dans mon style de musique à Paris, sans parler de concurrence, ça me tire vers le haut de savoir que je n’ai pas spécialement le monopole.
 

J’ai lu que tu voulais toucher “le maximum de publics”. “Publics” était au pluriel : penses-tu qu’il n’y a plus de tronc commun et que les publics sont trop cloisonnés ?

C’est un peu ça l’idée. Lorsque je faisais seulement des DJ sets, je savais que le public qui allait venir allait être un public averti de techno. Ta mère n’aurait pas eu envie d’écouter ça à la maison.

J’ai envie que tu viennes me voir en concert et que ta mère puisse m’écouter à la maison.

Je pense que c’est ce juste milieu que j’ai trouvé avec cette reprise de Pink Floyd et des morceaux comme “Laurie” qui peuvent parler à tout le monde. Ce sont des morceaux qui sont très influencés années 80 avec un petit côté badass qui peut parler à la jeunesse actuelle.
 

Tu comptes rester seule sur scène?

Je pense que ça va être modulable. Plus je vais sortir de morceaux pop/électroniques, plus mon live va s’étoffer, tout en gardant quelques productions technos. C’est mon ADN et je ne voudrais pas le perdre. Mon idéal serait que JP Léon intègre quelques lives parce qu’il est très bon au synthé.
 

Quelles sont tes prochaines étapes?

Il va y avoir pas mal de festivals qui vont arriver, c’est super cool. J’ai composé récemment des musiques pour la Fashion Week Homme et la Fashion Week Femme, chose que je n’avais jamais fait auparavant. Je me suis retrouvée à ne voir personne pendant deux semaines et à boire 1000 cafés chez-moi, mais ça s’est super bien passé. J’aimerais en faire d’autres. J’adore la mode donc ça me permet aussi d’assister aux défilés et d’être dans l’envers du décor. C’est surtout un challenge parce que tu sors de ta zone de confort pour faire un morceau. Quand c’est pour un défilé, tu dois t’influencer de la collection de vêtements et le créateur a son mot à dire, tu es obligée de l’écouter. Ça m’apporte des idées à ajouter à mes futures productions.
 

Qu’est ce que tu écoutes en ce moment?

Je suis retombée sur un vieux morceau, “Hedonism” de Skunk Anansie. Sinon Kiddy Smile, Björk, j’adore Hyphen Hyphen.
 

Une question que je ne t’ai pas posée?

J’ai tourné dans Engrenages, une série Canal + dans les premiers épisodes de la saison 7 qui vient de sortir. Ça s’est fait un peu par hasard, on m’a fait passer le casting pour un rôle qui donnait la réplique à Audrey Fleurot, l’une des actrices principales. Je ne savais pas si ça allait le faire parce que je n’ai jamais pris de cours de théâtre ou quoi que ce soit. Au final, j’ai passé deux castings et deux mois après on m’a appelée pour me demander ma taille de tee-shirt. On ne m’avait pas dit que j’étais prise! C’était assez fou. On a tourné dans une vraie prison. Audrey Fleurot qui joue l’avocate dans la série s’est fait emprisonnée à la fin de la saison 6. Et en fait je suis sa co-détenue et je lui fais vivre un enfer dans la cellule.

Ce tournage a chamboulé ma vie.

C’était un gros choc de rentrer dans une prison, avec de vrais détenus autour, de voir une équipe de cinéma aussi rodée. Audrey Fleurot est une putain d’actrice, impressionnante. Le cinéma me plait autant que la musique. C’est une grosse révélation. Au cocktail de l’avant-première, un mec est venu me voir pour me féliciter et s’est même mis à genoux devant moi. Je savais que je le connaissais de quelque part. Plus tard, on m’a dit que c’était Vincent Lindon ! Donc apparemment je me suis pas mal débrouillée.
 

Go Back est disponible via Maquisards.

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Sara Zinger en concert :
07/06 : R2 Le Rooftop – Marseille
22/06 : Festival La Bonne Aventure – Dunkerque
04/07 : Rex Club – Paris (event)
06/07 : Les Nuits de Berre – Berre
12/07 : Festival Terres du Son – Monts