Interviews

Long Life à Structures

Photo : Justine Figueiredo

“You’re lost now.” De temps à autres, on a la fâcheuse manie de faire mûrir/moisir nos interviews – parfois quelques mois, plus rarement quelques années – dans nos tiroirs avant de les sortir à un moment qui ne semble opportun qu’à nous. Un peu à la manière d’un bon vin ou d’une madeleine de Proust que l’on sait pouvoir retrouver tôt ou tard. Il faut dire en préambule, que peu d’interviews commencent par une reprise accapella de “Candy Shop” de 50 Cent et avouer aussi, que les membres de Structures sont de joyeux (mais toujours pros) déconneurs qui nous font regretter que cette interview n’ait pas été filmée.

Ce qui nous amène à entrer dans le vif du sujet, à savoir leur premier EP Long Life sorti en septembre dernier dans lequel le groupe originaire d’Amiens pose les bases de son son : une énergie dévastatrice et contagieuse, ponctuée de mélodies racées. Les touches pop et synthétiques viennent temporiser l’atmosphère pesante engendrée par une section rythmique plus que nerveuse. Un brin mélancolique, la production se veut soignée et sans superflu, de quoi enflammer les passions sans concession.

Ceci étant dit, Structures est avant tout un groupe à aller voir sur scène pour s’accaparer au mieux ces morceaux animés par une certaine forme de fureur. Bien trop facilement assimilé à un genre post-punk qui n’est plus vraiment, ils font partie de ces quelques groupes à amener un temps soi peu de renouveau à une scène qui manquait auparavant de souffle. La sortie de cet EP a été d’ailleurs l’élément déclencheur de nombreuses dates (Bars en Trans, Printemps de Bourges, La Boule Noire, et une tournée estivale qui s’annonce vertigineuse) et d’un parcours qui semble dépourvu de toute embûche : alors que leur souhaiter de plus, si ce n’est une Long Life?

On les a donc interviewés juste après leur concert aux Bars en Trans en décembre dernier, dans le confort quelque peu désordonné de leur loge du 1988 Live Club.
 


 

Le Bombardier : Votre EP est sorti il y a trois mois, quel a été son accueil?

Marvin : Plutôt bon accueil, on le défend du mieux qu’on peut sur toutes les dates qu’on fait en ce moment et on va continuer de le faire.

Oscar : On n’est pas seuls à le défendre non plus.

Marvin : Oui, on a de plus en plus d’entourage. On a trouvé un éditeur, un booker : A Gauche de La Lune.
 

Vous venez d’Amiens?

Pierre : On est nés à Amiens, on est presque tous sur Paris maintenant. Sauf un.

Oscar : Je suis un irréductible nordiste en galère qui voyage terriblement.
 

Ça fait huit ans que vous vous connaissez…

Pierre : Avec Oscar ça fait plus longtemps, on était au collège ensemble. Ça fait 12 ans peut être.

Marvin : On est tous des potes d’enfance.
 

Vous aviez un parcours musical avant Structures?

Oscar : Oui, chacun de notre côté. Avec Marvin et Adrien on avait un groupe de reprises d’Arctic Monkeys et des Strokes quand on avait 15 ans (rires).
 

La presse vous compare très souvent à Rendez-Vous avec qui vous partagez parfois la scène. Comment vous le vivez?

Marvin : Ce sont devenus des amis et c’est aussi une source d’inspiration pour nous. On n’y fait pas vraiment attention, on fait notre petit bonhomme de chemin.

Oscar : Pardon mon chien se réveille (Le téléphone sonne, sonnerie d’un chien qui aboie.).
 

Ton chien s’appelle Etienne?

Oscar : Oui (rires)

Pierre : Rendez-Vous a un parcours hyper intéressant. Au final on fait des choses qui sont différentes. Ça revient souvent parce que leur projet marche vraiment bien et que c’est une référence pour la presse. On n’est pas très loin d’eux en terme de développement donc c’est plus facile de nous comparer à eux qu’à des groupes internationalement connus.
 

Comment parvenez-vous à défendre cette énergie rock face à d’autres scènes qui prennent de plus en plus de place aujourd’hui? Je pense à l’électro mais aussi au rap.

Pierre : C’est assez instinctif. C’est notre base et on vient de ce milieu. Même si on est tous amenés à écouter des choses très différentes, que ce soit du jazz ou de l’électronique, de la techno ou du rap.

Marvin : J’écoute aussi du métal avec Adrien.

Oscar : Et il y a un nouvel essor du rock aussi!

Pierre : C’est plutôt naturel, en tout cas on ne l’a pas choisi. Ça s’est imposé de soi.

On aime ce qu’on fait et on compte bien continuer.

Oscar : On est fidèles en fait. Grave fidèles !
 

Vous semblez attachés à l’idée d’être indépendants.

Marvin : C’est surtout le milieu dans lequel on trouve le plus de gens avec lesquels on s’entend le mieux. C’est une question d’affinités et de trouver sa place, où on est le plus heureux. Après « indépendant », c’est un grand mot qui ne veut plus dire grand chose aujourd’hui. Ça s’est vachement officialisé, ça a pris une énorme place.

Pierre : C’est une espèce de sous-culture qui commence à s’instutionnaliser. Mais le milieu indépendant est hyper riche et c’est là qu’on va trouver nos sources d’inspiration. Il se passe plus de choses qui nous plaisent dans ce milieu que chez les grands.

Oscar : On n’a pas la science exacte de ce milieu. Mais on ressent que cette musique remonte et qu’il y a une vague, un espèce d’entre-deux intéressant qu’il faut saisir.

Marvin : On n’a pas de contraintes artistiques, pas de producteurs qui sont là pour revisiter notre projet.
 

Vous parliez plus tôt d’un nouvel essor du rock, est-ce qu’on peut être novateur dans ce style aujourd’hui?

Pierre : On essaie déjà de faire la musique qu’on aime. Si c’est novateur tant mieux!

Oscar : Mais ce n’est pas le plus important en fait.

Pierre : Ce qui est important c’est de le vivre et que les gens puissent et aiment le vivre avec nous. Depuis l’arrivée du post-punk et de la coldwave il s’est passé plein de choses. On se nourrit de tout ce qui s’est passé depuis pour proposer ce qu’on fait aujourd’hui.
 

Alors Pierre quand j’écoute ta voix, il y a effectivement un peu d’Agent Side Grinder, mais sur certains titres j’ai l’impression d’entendre Paul Banks, le chanteur d’Interpol, à ses débuts.

Pierre : Ce n’est pourtant pas trop une référence pour nous. On aime bien. Je suis un grand fan de The Irish Man Lover par contre.
 

The Garden, c’est un groupe que vous avez bien aimé en live ?

Pierre : Oui carrément. Les mecs envoient une énergie assez dingue.

Oscar (en visant Marvin) : D’ailleurs il a un tee-shirt The Garden!

Pierre : C’est vrai qu’ils nous ont mis une grosse claque quand on les a vus lorsqu’on jouait avec eux à La Cartonnerie à Reims. Pour moi, c’est un groupe novateur. Ils vont puiser des choses dans des styles tellement éloignés : il y a du punk hardcore pour base mais ils arrivent à ajouter des couches impressionnantes et étonnantes.

Marvin : Ce qui est intéressant, c’est le facteur qu’ils ont acquis à la naissance. Que ce soient des jumeaux qui fassent un groupe, c’est énorme.
 

Leur discours “on ne prend pas de drogues et on ne boit jamais” m’a toujours surprise, ils ont l’air assez perchés.

Pierre : Mais ça c’est vrai par contre, ils sont straight-edge à mort! Tellement à l’extrême qu’ils ne boivent que de l’eau. Ça nous a rendu oufs.

Oscar : Ils doivent faire de la médidatation c’est sûr.

Marvin : C’est peut-être ça la clé. Être sage, boire de l’eau et faire du sport. (rires)
 

Quelle est la prochaine étape pour vous?

Pierre : Pas tout de suite l’album. On a un 45-tours qui sera prêt dans pas longtemps et des remixes d’artistes qu’on aime beaucoup. Et notamment un clip.

Oscar : Un album c’est comme un mariage, il faut trouver la bonne personne.

Pierre : Il y aura probablement un second EP avant. On n’est pas pressés pour l’album. Je pense que c’est une étape hyper importante qui doit être réfléchie pendant longtemps.

Oscar : Il faut faire attention à sa première fois.
 

Dit-il! Qu’est ce que vous écoutez en ce moment?

Marvin : On écoute Rendez-Vous! (rires). J’écoute Ariel Pink en ce moment.

Oscar : Shame. J’écoute DIIV aussi. Beaucoup et tout le temps.

Pierre : J’ai des amis qui m’envoient pas mal de sons technos tout le temps. Un label qui s’appelle Hate en particulier. Et Kate Bush.

Oscar : J’ai été voir Bohemian Raposdy du je réécoute un peu Queen. C’était un grand Freddy quand même ! (Rires des autres).

Adrien : J’écoute aussi beaucoup de cold genre Boy Arsher.
 

Entretien réalisé le 7 décembre 2018 à Rennes.

Long Life est disponible via Constellation Nordique.
 

Structures en concert :
18/05 : File7 – MAGNY-LE-HONGRE (event)
25/05 : Monitor – Festival LEIRIA (PT)
30/05 : La Bulle Café – Maison Folie Moulins/ Flow LILLE
31/05 : L’antonnoir – BESANÇON
05/06 : Portobello Rock Club – CAEN
15/06 : Biches Festival #4 – CISAI-SAINT-AUBIN
20/06 : Rockerill – CHARLEROI (BE)
23/06 : Minuit avant la Nuit – AMIENS
29/06 : Un singe en été – MAYENNE
07/07 : Mainsquare Festival – ARRAS
13/07 : Festival le Murmure du son – EU
27/07 : InterQlub – Festival LA CHAPELLE-ST-LAURENT
28/07 : Les Nuits Secrètes – AULNOYE-AYMERIES
16/08 : Château Sonic – BRENTHONNE