Dans ton label #7 : ERR REC
Dans ton label

Dans ton label #7 : ERR REC

Photo : Julita Przybyła

À côté de majors qui occupent une large partie du terrain, les labels indépendants se démènent pour faire vivre des projets à taille humaine, bien souvent à contre-sens de tout objectif commercial et lucratif. À la tête de ces projets, on retrouve des guerriers multi-fonctions aux méthodes et profils divers et variés. Aujourd’hui, on part à la découverte du label ERR REC : si on avait déjà abordé ce label grâce à Domotic et Tiger Tigre, les deux passionnés à sa tête n’ont pas leur langue dans leur poche et soutiennent rigoureusement une approche artistique salvatrice.
 

Pouvez-vous vous présenter ?

On est Gilles et Bolanile Maté, un couple franco- américain, fondateur et opérateur d’ERR REC, label basé à Pantin dans le nord-est parisien.
 

Pourquoi et comment avoir choisi ce nom de label ?

ERR est possiblement un acronyme mystérieux… “Enregistrements Résolument Radicaux” ? “Electronique Résistance Rétro-Futuriste” ? Et REC pour “Records” ou bien la touche mécanique “Record” de votre enregistreur préféré.
 

Que défendez-vous sur votre label ?

De la musique principalement faite avec des synthétiseurs et machines analogiques, plutôt intemporelle et non formatée. Le spectre est assez large au final, de l’expérimental à de l’easy listening ou de la synth pop.

Et plus que tout on défend le concept d’Album ou de EP sur des supports physiques, sur vinyles et cassettes en édition limitée. Selon nous, un album digital n’est qu’une sorte de fantôme privé d’une enveloppe corporelle !

Même si c’est très pratique, ça ne reste qu’un ersatz compressé, une solution mobile mais doublée d’un affadisseur de tympans (rires) Et les compact discs, c’est de la déprime aseptisée sous blister, un cauchemar capitaliste, binaire et numérique. On en a beaucoup d’ailleurs, car on a aussi grandi avec les CDs, on est des enfants de “Boomers”, c’est générationnel.
 

Quels morceaux résument au mieux la politique de votre label ? (trois au choix)



Votre plus gros succès jusqu’ici ?

Sans aucun doute notre collection ERR REC Library.

Ce sont des albums concept/compilations de vraie-fausse musique d’illustration très “hantologique”, avec à chaque fois une dizaine de compositrices-eurs qui proposent des morceaux autour d’un thème. On finit en ce moment la préparation du Volume 3 Wild Life-Vie Sauvage. Le Vol. 1 était Espaces Urbains, le second Science & Technologie. Confinés, on rêve de forêts, d’océans, d’animaux magnifiques en voie d’extinction avec les poils et les écailles au vent.
 

Quelle est votre journée type ?

Le confinement nous rend claustro donc on va détourner ça en “journée idéale” et évoquer des activités interdites, impossibles à l’heure actuelle et rêver un peu si tu veux bien!

Après avoir géré en matinée tout ce qui est numérique (mails, commandes, site à actualiser, réseaux sociaux etc) nous partons marcher le long du canal de l’Ourcq ensoleillé avec un sac bien rempli et on pousse jusqu’à République pour y poster quelques cassettes et vinyles.

Ensuite, arrêt chez Born Bad Records à Bastille pour un “dépôt” de notre dernière sortie vinyle, et découvrir de nouvelles pépites et rééditions. Pas très loin de là, on s’arrête chez Modular Square pour geeker sur des nouveaux joujous électroniques mais là Bolanile me rappelle à l’ordre : nous décollons pour aller voir une exposition incroyable qui nous nous inspire autant graphiquement que musicalement.

Après être repassé travailler et manger un bout à la maison, on attrape une petite veste et on saute dans le tramway jusqu’à la Station Gare des Mines pour découvrir les dernières sensations bruitistes, électroniques et post- punk sur la scène extérieure. On boit modérément car demain soir il y a une autre soirée à l’Espace B!
 

Indépendant, underground, DIY : même bateau ou pas ? Ça veut encore dire quelque chose pour vous ?

“Indépendant” si alternatif, plus que jamais! Il ne faut surtout pas laisser la musique aux peigne-culs morbides de la start-up nation. On a pas besoin de technocrates de la culture avec leur novlangue pleine de “placement, “développement d’artistes”, leurs clubs du LOL, leurs victoires de la musique… Quel cauchemar!

Après avoir déjà sucré pas mal de subventions au secteur associatif et culturel, ils vont s’attaquer au statut des intermittents pour continuer leur travail de sape. On est en effet “DIY” et “Underground”, des autodidactes. On assume au quotidien les anglicismes et les conséquences matérielles de cet état de fait. Vive les artisans et les quatre pistes à cassettes!
 

Comment signer sur votre label ? Vous acceptez les pots-de-vin ?

On est accessibles et on prend le temps de répondre aux propositions, à condition qu’elles ne soient pas à côté de la plaque qui, chez nous est en métal sérigraphié avec des potentiomètres, des oscillateurs analogiques, des filtres et des sources de modulation.
On est incorruptibles, mais si une de nos marques de synthés préférées ou des gens avec qui on est raccords nous proposaient un endorsement, un mécénat pour un projet, on y réfléchirait sérieusement !
 

Le futur de la musique, c’est quoi, quand et où ?

Quoi ? Un rétro-futur audacieux et non complaisant mais on y est déjà un peu en fait. Il y a tellement de projets géniaux en ce moment, qui trancendent, tout en recyclant avec talent, plein d’influences et d’époques différentes.
Mais encore une fois, trop de numérique et de digital tue la saveur, à nos oreilles en tout cas.

Où ? Dans l’undergound. Comme pour le reste, ce n’est certainement pas avec des multinationales et leurs plateformes de streaming qui entubent les artistes qu’on va s’en sortir. Le futur est certainement à inventer dans une forme de décroissance faite de projets à taille humaine, d’autogestion des moyens de production, diffusion etc

Quand ? Difficile de se projeter en ce moment même (…) après la crise sanitaire? La révolution?
 

Un artiste (vivant ou non) ou un album que vous auriez aimé sortir ?

De Natura Sonorum de Bernard Parmegiani.

 

Votre dernière/prochaine sortie ?

La dernière sortie toute récente : le LP du duo Le Goût Acide Des Conservateurs. Vous pouvez écouter intégralement ce superbe album ici.

 

Retrouvez le formidable univers d’ERR REC et soutenez-les ici.