Dans ton label #8 : Echo Orange
Dans ton label

Dans ton label #8 : Echo Orange

Signature de Lukas Ionesco & Clara Benador. De gauche à droite : Maxime, Lukas, Clara, Guillaume et Lisa.

À côté de majors qui occupent une large partie du terrain, les labels indépendants se démènent pour faire vivre des projets à taille humaine, bien souvent à contre-sens de tout objectif commercial et lucratif. À la tête de ces projets, on retrouve des guerriers multi-fonctions aux méthodes et profils divers et variés. Aujourd’hui, on part à la rencontre du label et éditeur Echo Orange, des activistes incontournables de la scène française basés entre Lyon et Paris qui ont à cœur de défendre des artistes aux styles multiples et authentiques : Marble Arch, Iñigo Montoya, Biche, The Rebels Of Tijuana, Lukas Ionesco, Kasbah ou encore Dombrance pour ne citer qu’eux.
 

Pouvez-vous vous présenter ?

Echo Orange, créé en 2010 comme un label, nous sommes devenus éditeur en 2013, ce qui constitue actuellement notre activité principale. Mais nous sommes toujours extrêmement actifs sur la partie label car elle nous permet de lancer les jeunes artistes que nous développons.
 

Pourquoi et comment avoir choisi ce nom de label ?

J’étais fan de Pink Floyd, et particulièrement l’album Meddle et le titre “Echoes” que je venais de re-découvrir sur un montage de la fameuse scène du film 2001 Space Odyssey de Kubrick. Je me suis dit que pour moi, la musique ultime, c’était Pink Floyd : des supers compos hyper fortes, des formats qui laissent place à l’imagination, la liberté, dans des envolées psyché. Et puis à l’époque, j’étais salarié depuis trois ans, et je n’en pouvais plus. Comme j’avais misé un peu d’économie de mon taf dans un placement qui a bien marché, j’a réussi à démissionner de mon travail avec un peu d’argent de côté. Ça m’a permis de m’acheter un petit bateau de 1976, orange, avec les sièges en cuir, un peu la merco du bateau. Je voulais m’en servir à Lyon avec mon mégaphone pour faire la promo de nos concerts. J’avais mon nom : Echo Orange.
 

Que défendez-vous sur votre label ?

Une certaine indépendance et liberté des artistes, qui restent libres de l’artistique, la production… Nous adorons les artistes multi-casquettes, qui vont au bout de leur idée et démarche artistique : composition, interprétation, production… Nous faisons peu de direction artistique, nous intervenons plutôt sur la diffusion, la promotion, le marketing, les placements, etc… Toute la partie commercialisation, en quelque sorte. Chacun son job !
 

Quels morceaux résument au mieux la politique de votre label ? (trois au choix)

Iñigo Montoya – “MDTG” : engagé, fort, hors format, avant-gardiste, libre.

Wugo – “Océan” : Hugo fait tout chez lui, il compose, enregistre, arrange… On appelle ça de la “Bedroom Pop”. On l’aide en mettant un petit coup de mix – master puis on pousse les titres à fond.

Dombrance – “Raffarin” : ne pas oublier que la musique est aussi faire pour danser, de défouler, rire… Surtout avec la qualité de ses prods ! Danser intelligemment, comme dirait Iñigo Montoya 😉


 

Votre plus gros succès jusqu’ici ?

Tomemitsu a fait 10 millions de streams sur son titre “In Dreams“, qui est magnifique et correspond bien à notre politique : un titre fait à la maison, pas de grosse production, on a l’émotion intacte et c’est ça qui compte, c’est pour ça que ce titre a touché dix millions de personnes sans promo.
 

Quelle est votre journée type ?

En ce moment, je me lève tôt, j’adore mes premières heures de la journée, tout est calme, personne ne m’appelle… J’ai le temps de me plonger au calme dans les trucs pour lesquels j’ai vraiment besoin d’attention. Donc en général, je commence ma journée aux alentours de 6h. On bosse tous à distance, on n’a pas attendu le confinement puisque ça fait un an que notre équipe est divisée entre Lyon et Paris. Je reçois des alertes Dropbox qui me montrent que Guillaume, qui travaille avec moi à Paris, est aussi réveillé. Lisa et Jérémy apparaissent un peu plus tard car cela correspond davantage à leur rythme.

Chez Echo Orange, chacun est libre de travailler à son rythme, tant qu’il s’engage à faire de son mieux, son mieux n’étant pas obligatoirement une performance olympique mais correspondant plutôt à son état du moment, son niveau de fatigue, d’envie, son cycle surtout. On se souhaite bonne soirée avec mon équipe en général aux alentours de 18h, ça me laisse encore deux heures au calme pour terminer ma journée. Mon signal en ce moment, c’est les applaudissements à 20h, c’est le signal que je dois couper…
En gros je travaille beaucoup la semaine, environ quatorze heures par jour, et le samedi uniquement le matin.
 

Indépendant, underground, DIY : même bateau ou pas ? Ça veut encore dire quelque chose pour vous ?

Pour moi, indépendant n’a pas vraiment de sens. Une major bien sûr n’est pas indépendante, mais un label ou un éditeur qui touche des subventions ne l’est pas non plus, car il doit souvent adapter ses projets et sa stratégie pour se faire aider. Mon idée de l’indépendant pur et dur serait celui qui ne touche aucune aide, qui ne vit pas de sa musique, qui est totalement libre de faire le disque qu’il veut et d’en vendre 14.
 

Comment signer sur votre label ? Vous acceptez les pots-de-vin ?

J’ai plus distribué de pots de vin dans ma vie que j’en ai reçu malheureusement ! On pourrait imaginer cette phrase “Si tu ne reçois pas des pots de vin à 50 ans, t’as raté ta vie”.

Plus sérieusement, comme l’aventure humaine prime car c’est un métier difficile, j’ai tendance à faire confiance à des personnes avec qui j’aime travailler, quand ils me proposent un artiste j’y mets toute mon attention, et quelque part, j’espère que ça va me séduire car j’ai envie de retravailler avec ces personnes.

Sinon, chez Echo Orange, c’est très démocratique : on édite des longues listes d’artistes que l’on découvre, via différents canaux. Puis on a un canal de discussion qui nous permet d’en parler brièvement, échanger nos sentiments sur la musique. En fin de discussion, on vote. Si le oui l’emporte, tu reçois un petit mail et on engage la discussion.
 

Le futur de la musique, c’est quoi, quand et où ?

C’est partout, sans idée d’album, sans idée de physique bien sûr. C’est du flux sur lequel se rémunère les ayants droits en user centric, avec du bloc chain qui permet à chacun d’être payé instantanément, à la source.
 

Un artiste (vivant ou non) ou un album que vous auriez aimé sortir ?

Gainsbourg bien sûr, un artiste qui s’est révélé tard, subversif, aux textes et arrangements magnifiques. J’ai ce fantasme de travailler avec un artiste sur un album de belle variété française, qui soit à la fois singulier, profond, et populaire. Je n’y suis jamais arrivé encore.
 

Votre prochaine sortie ?

Ce vendredi 24 avril, le nouveau single d’Iñigo Montoya, “E.S”, un titre électro qui reprend le chant de la chorale chilienne “Un violador en tu camino“, un titre engagé. Quand j’ai lu que les violences faites aux femmes avaient augmenté de 30% depuis le début du confinement, ça nous a donné envie de nous engager : 100% des revenus liés à cette sortie seront reversés à la Maison des Femmes de Saint-Denis. Le Dr. Ghada Hatem et son équipe font un travail remarquable.

Nous sortons également “Run” de Dylan Sherry. C’est la première sortie sur notre tout nouveau label : L.A Tangerine. Le label renforce la politique d’Echo Orange, on veut sortir des titres Indie Pop faits à la maison, produits comme le compositeur l’a imaginé. Avec un gros focus sur Los Angeles , qui est ma ville de cœur, la ville que j’aime le plus au monde, et qui bouillonne d’art, d’idées, de paradoxes, de créativité, d’électricité, de douceur et de folie…
 

“E.S” d’Iñigo Montoya sera disponible ici et “Run” de Dylan Sherry ici à partir du 24 avril.

Retrouvez tout l’univers d’Echo Orange ici.