Interview

Groover, le coup de pouce à la promo

Jeune plateforme destinée à la promotion musicale, Groover permet à des artistes de tous niveaux de se mettre en lien avec des médias, radios et labels en quête de nouveaux talents. Depuis son lancement en mai dernier, ce sont déjà plus de 6000 retours qui ont été réalisés par les 130 influenceurs actifs de la plateforme, 1500 partages de morceaux sous forme d’articles et/ou d’ajouts en playlists et dix signatures sur des labels indépendants. Si certains crieront probablement à l’ubérisation de la promo musicale, les utilisateurs de la plateforme témoignent d’un véritable coup de pouce pour leurs projets.

On a interviewé Dorian Perron, co-fondateur de Groover et rédacteur en chef du webzine Indeflagration, pour lui poser quelques questions sur les avantages proposés par la plateforme.
 

Le Bombardier : À partir de quel constat avez-vous créé Groover ?

Dorian Perron : J’ai rencontré les trois autres co-fondateurs de Groover à Berkeley en Californie lors d’un programme d’entrepreneuriat. Personnellement, j’ai monté le webzine Indeflagration Il y a maintenant cinq ans, c’est un média de musique indé où l’on fait des chroniques et des live reports. Je recevais des dizaines et des dizaines de mails par jour. J’ai complétement laissé tombé ma boîte mail et pour te dire aujourd’hui, j’ai 20 000 pages de mails en attente. De l’autre côté, deux des fondateurs, Romain avec Sévigné et Jonas avec Abraxas qui est devenu récemment Polycool, ont tous les deux sortis des EP’s et ont galéré pour promouvoir leur musique. Ils ont envoyé des centaines de mails pour avoir littéralement zéro réponse.

On a réfléchi à une manière de rétablir cette connexion entre les artistes qui essaient de promouvoir leur musique et les médias, plus tard les labels, pour enfin avoir des réponses.

On a voulu tester très vite en faisant un Google Form avec un bouton PayPal, un truc très moche, mais qui a fonctionné. Du coup on a voulu construire une plateforme sympa, pour potentiellement résoudre ce problème de la promotion musicale.
 

Quels sont les tarifs pour utiliser Groover ?

Le principe, c’est que l’artiste paie deux euros par personne qu’il souhaite contacter. On rémunère de notre côté le média ou le label un euro par retour réalisé quelle que soit sa décision. Il reste complètement libre et indépendant éditorialement. Ce qui compte c’est qu’il ait écouté le morceau et qu’il ait fait un retour constructif à l’artiste pour l’aider dans son développement. Le média ou le label peut tout à fait décider d’écrire un article, de l’ajouter dans une playlist ou de rencontrer l’artiste pour le signer par exemple.
 

Devoir payer pour être sûr d’obtenir un retour : ce n’est pas la mort de la promo quelque part?

C’est intéressant de noter que 30% de nos utilisateurs sont des attachés de presse ou des représentants d’artistes divers comme des managers. Pour certains, ils ont déjà promu entre six et sept projets différents sur la plateforme.

Groover ne remplace pas le travail de promo et de relation presse, c’est un complément.

En fait, l’idée, c’est de se dire qu’il y a des médias prescripteurs comme Radio Nova, Les Inrocks, Libération, etc. Les attachés de presse continuent d’avoir le contact de ces personnes et quand ils leur présentent un projet, les journalistes vont l’écouter avec attention parce qu’ils savent que l’attaché de presse a déjà fait une sélection au préalable. Ça, ça durera toujours. Par contre, le problème de l’attaché de presse, c’est de contacter toute une strate de ce qu’on va appeler les petits médias, les webzines, les webradios, qui sont moins connus et sont un peu plus sur des niches musicales. Ils sont pour le coup des centaines voire des milliers en France à s’adresser chacun à une partie de la population et ils sont pour la plupart très compliqués à contacter. Ce n’est donc pas la mort de la promo mais un moyen de réussir à pouvoir contacter avec succès des passionnés qui ont souvent monté de manière bénévole des médias, qui ont soif de découvertes mais qui sont aujourd’hui submergés de mails. On a voulu faire en sorte qu’ils puissent découvrir de nouveaux morceaux de manière ludique en étant rémunérés pour leur activité parce qu’ils font partie des personnes les plus sollicitées dans la musique aujourd’hui alors qu’ils font ça de manière complètement bénévole. C’est un complément. Ça permet à un attaché de presse d’obtenir de nombreux retours avec de nouveaux articles et des ajouts en playlist pour un petit budget.
 

Vous vous êtes donc ouverts aux labels récemment. Comment ça se passe?

Au départ on était ouverts aux médias et on ne savait pas si Groover allait intéresser les labels. On s’adresse aux artistes à tous niveaux de développement dont certains recherchent un label. On s’est rendus compte que les labels sont aussi submergés de mails. Il y a donc de grosses similitudes avec les médias. Les artistes peuvent donc contacter des labels, qui eux peuvent découvrir de nouveaux morceaux qu’ils n’auraient peut-être pas pu découvrir autrement. Les labels répondent ensuite aux artistes facilement en fournissant un avis professionnel. Parfois on a des labels qui ont leur studio et qui sont aussi producteurs, qui font des avis sur la production donc c’est également intéressant pour l’artiste. Lorsque les labels font des retours en écoutant des morceaux, ils gagnent des crédits qu’ils peuvent réutiliser pour promouvoir leurs propres projets avec notre système de Grooviz. C’est très vertueux. Depuis mai dernier, il y a déjà eu 7 artistes qui ont signé sur des labels indépendants : Rob One avec Doggo Agostino qui se lance en ce moment en France, Active Records qui a signé deux projets, M&0 Music en a signé deux aussi. Il y a déjà 30 labels actifs sur la plateforme.
 

Comment gérez-vous le flux de morceaux envoyés?

C’est automatisé. L’artiste choisit à qui il veut envoyer ses morceaux et ils arrivent directement dans le tableau de bord des contacts sélectionnés. Ce qui est important pour nous, c’est de garder un lien très proche avec les utilisateurs. Je m’occupe beaucoup des médias : je les connais tous pour la plupart. Il y en a aussi beaucoup qui viennent aux apéros Groover, c’est une véritable occasion de se rencontrer. Au niveau des artistes on est hyper réactifs sur le support en cas de bug ou autre et on devient aussi très proches d’eux.

On pourrait être une plateforme extérieure vue comme un outil mais c’est très important pour nous de pouvoir rétablir cette connexion entre artistes, médias et labels.

 

La plateforme est-elle uniquement destinée à un usage en France?

Aux niveaux des influenceurs musicaux, on a une grande majorité d’utilisateurs français mais on commence à avoir des Belges, des Canadiens et même des Néerlandais. Là on a rencontré des Suisses..! Notre objectif, c’est de développer pays par pays. Du côté des artistes, on a déjà plus d’un tiers des envois qui viennent de l’étranger. Tu as déjà dû recevoir des morceaux américains, canadiens ou en provenance des pays nordiques. Le but c’est de développer tout ça. En plus, les groupes étrangers marchent très bien sur notre plateforme. Le groupe américain Toledo a cartonné. Ils ont eu presque 90% de réponses positives et sont en train d’organiser leur premier concert en France. On dit souvent à nos contacts étrangers que la France est un marché assez fermé au niveau de la musique, compliqué à atteindre, en plus on parle relativement mal anglais. Groover est une bonne manière de tester le marché français.
 

Comment sélectionnez-vous les médias et les labels?

Côté médias, labels et autres radios, la sélection se fait sur deux critères principaux. Le premier, l’influence, c’est à dire d’exister depuis un certain temps, d’avoir un lectorat. Le deuxième qui est tout aussi important, c’est la qualité du contenu. On a beaucoup de webzines qui ont peu de followers mais qui produisent un contenu de qualité et ça intéresse énormément les artistes. Avoir un article qui parle de leur musique de manière intéressante, non seulement c’est cool pour eux dans l’absolu, mais ils peuvent également communiquer dessus, l’ajouter à leur book presse et c’est une vraie reconnaissance. L’idée est de pouvoir donner les infos aux artistes : savoir si le média qu’ils vont contacter est peu ou beaucoup influent, s’il fait du contenu de qualité. On met en avant ces éléments au fur et à mesure du développement de la plateforme.
 

Quelles sont les prochaines étapes pour Groover?

On va se développer à l’étranger sur les comités d’influenceurs. Aussi, avec tous les retours qui sont faits par les médias, on arrive à repérer des projets qui cartonnent un peu avant tout le monde. On se rend compte parfois qu’un projet va avoir 80% d’approbation avec des retours dithyrambiques alors que personne n’en avait entendu parler auparavant. S’ils ont un potentiel, on essaie de faire en sorte que certains de ces projets, même s’ils n’ont pas d’entourage professionnel, puissent aller plus loin. On aimerait mobiliser les médias et les labels Groover pour faire comprendre qu’il y a un artiste qu’on a réussi collectivement à faire percer. Je ne sais pas pour toi, mais je me souviens avoir créé Indeflagration parce qu’il y avait plein de projets que j’écoutais que je trouvais très cools mais que personne ne connaissait. Je voulais faire en sorte qu’ils soient connus parce qu’ils le méritaient selon moi. Le but, c’est d’arriver à faire cette chose-là ensemble. On a d’ailleurs un premier partenariat qui vient de s’officialiser avec Radio France.

Notre vision, c’est de donner du pouvoir aux artistes et faire connaître leur musique en pariant sur la qualité et le regard des médias et des labels qui sont sur la plateforme.

 

Accéder à Groover

La playlist des meilleures découvertes Groover :