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Molécule, expérience transencentale avec son nouvel album -22,7°C

Photo : Vincent Bonnemazou

Deux avions, deux hélicoptères et huit heures en chiens de traîneaux. C’est ce qu’il a fallu à Molécule alias Romain De La Haye pour rejoindre le petit village inuit de Tinetequilaaq au Groenland afin d’y enregistrer son sixième album, -22,7°C. Cet explorateur d’un genre nouveau (il avait enregistré son précédent album 60°43’ Nord à bord d’un chalutier en haute mer) a ramené pour cette aventure insolite de 36 jours pas moins de 150 kilos de matériel, entre synthés, boites à rythmes et autres micros sophistiqués, pour composer des nouveaux morceaux “in situ”, sans retouches envisageables à l’arrivée. Alors au milieu des icebergs et des montagnes, le producteur a capté des matières sonores singulières et hors du temps pour proposer un instantané d’un voyage inhabituel en terre inconnue et hautement périlleuse.

C’est une terre peuplée par les silences qui n’en sont jamais puisque la glace vit, craque, respire. Écouter, c’est aussi une manière de se reconnecter à un environnement, à la nature évidemment mais aussi aux autres. La dimension humaine a été très forte pendant ce périple.

 

Se dégage de ce périple un album au nuancier varié, au delà de la beauté du paysage retranscrite par des mélodies prêtes à dépasser les frontières comme « Sila » et son chant de l’eau gelée à tendance acid techno,  “Âriâ”, et ses quelques notes de synthés reflétant la magie des lieux ou sur le somptueux “Jour Blanc” à l’atmosphère ambient tout comme “Inlandsis ”, Molécule rapporte notamment la fragilité et l’hostilité de cet écosystème et de sa population en détresse, affaiblie par le chômage et l’alcoolisme à travers les anxiogènes “Violence ” et “Qivitoq”. Ce dernier titre est un hommage à cette légende où les « faibles chassés de la tribu reviennent mi-homme, mi-fantôme rôder autour du village pour se venger. Un mythe tellement fort qu’au début des années 2000, le gouvernement payait encore des chasseurs pour lutter contre les Qivitoq. Ce morceau évoque cette croyance troublante en Arctique. »

Ainsi, au beau milieu de cette nature dominante, des 80 habitants de ce village et de sa meute de 300 chiens, est né ce nouvel album, entre osmose et danger, témoignage glaçant et percutant d’un mode de vie à l’extrême opposé du nôtre et signal empressé du réchauffement climatique. -22,7°C étant la température la plus froide observée par Molécule lors de son séjour en plein hiver polaire : une température plutôt douce pour la saison.


Vers toutes les plateformes

-22,7°C est disponible via Mille Feuilles / Because Music. Le concert de Molécule à l’Elysée Montmartre du 8 mars dernier est à revoir en streaming ici sur Arte Concert.