Dans ton label #11 : Mouton Noir Records
Dans ton label

Dans ton label #11 : Mouton Noir Records

À côté de majors qui occupent une large partie du terrain, les labels indépendants se démènent pour faire vivre des projets à taille humaine, bien souvent à contre-sens de tout objectif commercial et lucratif. À la tête de ces projets, on retrouve des guerriers multi-fonctions aux méthodes et profils divers et variés. Aujourd’hui, on part à la découverte du label rouennais Mouton Noir Records, activistes ardents de la musique électronique Made in France avec en tête de gondole des projets comme Christine, Brook Line ou encore Museau.
 

Pouvez-vous vous présenter ?

Nicolas, musicien, ingénieur son et directeur artistique du label Mouton Noir Records.
 

Pourquoi et comment avoir choisi ce nom de label ?

En début de carrière, avec mon projet Christine, on était en désaccord avec les directions artistiques mainstream et pas très originales que le label et l’éditeur cherchaient à nous imposer. Une fois les contrats rompus, je voulais une approche plus libre et plus réaliste.
Je n’ai jamais voulu suivre le troupeau, et en parlant avec des potes, Mouton Noir est apparu comme une évidence.
 

Que défendez-vous sur votre label ?

Globalement on défend l’indépendance artistique et la liberté de création.
L’idée était aussi de créer une boîte à outils pour les artistes, et de rassembler les compétences nécessaires au développement d’un projet (studio d’enregistrement, création graphique, promotion, vidéos, réseaux… ).
Ensuite, nous sommes une équipe, on essaie de créer une bonne dynamique et de favoriser l’entraide et les collaborations.
Enfin, nous avons une certaine vision de l’art, un peu utopique et loin des paillettes. Pour nous la création a une valeur. Nous sommes trois à travailler quasi bénévolement, on ne cherche pas à faire du volume, chaque disque qui sort est important.
 

Quels morceaux résument au mieux la politique de votre label ? (trois au choix)

Il y a cette collaboration entre Zadig et Christine. On partage le studio et le matos depuis 3 ans. On est devenus amis, on discute et on échange beaucoup. Il venait d’acheter un synthé incroyable le Deckard’s Dream, un clone du synthé CS-80 utilisé sur la BO de Blade Runner, une de nos références commune.
On a passé quelques nuits dessus et le morceau “Electric Sheep” est né:


Même chose avec Brook Line, beaucoup d’alchimie qui ressort du studio Mouton Noir, comme le morceau “Arrival” qui a un côté efficace et intemporel:

Ce morceau avec Plaisirs est un bon exemple aussi et ça représente des beaux moments de partage et de création.

 

Votre plus gros succès jusqu’ici ?

Je pense que le titre “Drama” de Christine sorti en 2016 est le titre le plus écouté du label, il doit cumuler 2 ou 3 millions de clics (toutes plateformes confondues) et a été utilisé en synchro plusieurs fois, actuellement il tourne toujours sur une pub Nissan en Russie.

Ensuite, il y a le titre “The Ship” d’Incredible Polo, qui a été un joli petit succès.

 

Quelle est votre journée type ?

Je commence ma journée en fin de matinée par de l’administratif, planning, mailing, com…
Et dès que je peux (souvent en fin d’après-midi), je passe en mode créatif, je compose et je produis de la musique jusqu’à souvent tard dans la nuit.
 

Indépendant, underground, DIY : même bateau ou pas ? Ça veut encore dire quelque chose pour vous ?

Oui tous dans le même bateau, après c’est juste une question de point de vue et le background culturel sur le style musical. Pour moi, il n’y a que 2 catégories : ceux qui font de la musique par passion, globalement tous les indés et ceux qui font de la musique pour l’argent…
 

Comment signer sur votre label ? Vous acceptez les pots-de-vin ?

J’accepte qu’on me paye un coup à boire, ça permet déjà de voir un peu le feeling. Donc déjà être sympa c’est un bon point de départ et avoir un peu de talent ça aide aussi.
 

Le futur de la musique, c’est quoi, quand et où ?

La question à 50 milliards en ce moment.

J’imagine qu’avec tout ça la musique va devenir un peu plus revendicatrice, après tout c’est le rôle premier d’un artiste de questionner et de remettre en question. Il y a sûrement un courant IDM Dark/Punk qui va ressortir de tout ça, enfin j’aimerais bien… Quand? Je pense que 2020 c’est foutu, que le redémarrage va être lent et prudent. Mais je vois une alternative intéressante à ça, c’est recréer et multiplier les petits événements à taille humaine avec une programmation plus locale et nationale. En tout cas, le futur de la musique ce n’est plus 50 000 personnes devant un artiste qui vient en jet et qui prend un cachet faramineux.
 

Un artiste (vivant ou non) ou un album que vous auriez aimé sortir ?

Pas tant que ça au final, parce que la motivation de sortir un disque, c’est aussi parce qu’on a travaillé dessus et qu’on s’est investi plus que raison.
Et ce qui est intéressant dans un label, avec le temps qui passe, c’est que rien n’est impossible, aujourd’hui je travaille avec des artistes qui me semblaient inaccessibles il y a quelques années.
 

Votre dernière/prochaine sortie ?

Là tout de suite, Museau sort un clip tourné sur fond vert pendant le confinement, un autre va suivre en juin normalement.

ADM vient de sortir un single avec Christine et son premier mini-album sort le 15 juin.

 

Retrouvez l’univers de Mouton Noir Records ici.