Interviews

Gliz, depuis le coeur des montagnes

Photo : JC Polien

Apporter sa pierre à l’édifice. En provenance des montagnes jurassiennes, le trio Gliz détonne. Premièrement, par le choix particulier de ses instruments : exit les sempiternelles guitares et basses, bienvenue au banjo et au tuba dans cette formule rock rafraichissante.

Rock? Oui, vous avez bien lu. Après deux EPs sortis en 2015 et 2017 (dont Better Days sélectionné par les Inouïs du Printemps de Bourges), Gliz vient de sortir son premier album Cydalima en juin dernier et c’est une surprise de taille. S’il tire son nom d’un papillon vivant (lui aussi) dans le Jura et qui dévore tout sur son passage, c’est effectivement l’intensité et l’envie que l’on repère d’emblée sur ces onze titres : ce n’est pas du rock mineur mais un album mature et inattendu, atteignant son point de paroxysme sur “A Mess Is Gonna Come” et “King from Nowhere”

On se laisse séduire par la voix hyperémotive de Florent Tissot et ses accords de banjo électrifié oscillant entre sensualité et énergie explosive, le tout soutenu par une section rythmique (Julien Michel à la batterie et Thomas Sabarly au tuba) droite comme un I. Avec une signature sonore imprégnée d’influences tantôt pop, tantôt blues avec une pointe de psyché aléatoire, la formation jouit de plus d’une aisance scénique remarquable et pour cause, Gliz a déjà plus de 200 dates à son actif. C’est à quelques heures de leur concert à l’Espace B qu’on en a profité pour interviewer les membres de Gliz.
 


 

Le Bombardier : Votre album est sorti il y a trois mois, comment avez-vous vécu son accueil ?

Flo : Un super accueil, notamment grâce au travail de notre super attachée de presse. On ne s’attendait pas forcément à ça. C’est notre premier album donc on ne sait jamais quelle direction ça peut prendre. On est agréablement surpris.
 

Comment on en vient à faire un trio rock avec un banjo, un tuba et une batterie ?

Flo : Ce n’est pas un projet pré-établi. C’est une succession de petits accidents qui ont abouti à ça. Si tu veux que je te raconte toute l’histoire, je jouais de la gratte au début. J’ai pété une corde. J’habite à la campagne, dans un petit village de cinquante habitants, Ivrey. J’ai écrit des morceaux à cinq cordes et j’en ai pété une autre. Je suis resté un moment dans cette configuration. Lorsque je suis retourné à la ville, j’ai racheté des cordes et j’ai trouvé que j’avais beaucoup moins de possibilités avec mes six cordes. J’avais perdu ce que j’avais découvert avec ma quatre cordes donc j’ai acheté un banjo sur une brocante. J’ai continué à écrire des morceaux dessus, avec mon accordage spécial et j’ai essayé de monter un groupe autour de ce banjo.

J’ai contacté mon pote Mitch que je connais depuis le CE1 et avec qui j’ai déjà eu plusieurs projets musicaux. On trouvait dommage de prendre une basse car on retomberait sur un instrument conventionnel dans le rock, donc on a choisi le tuba. On avait un pote qui jouait dans une fanfare, Tom, qui a rejoint la bande. On a fait notre première répète et on a vu avec un seul titre que ça sonnait bien, qu’il y avait moyen de faire quelque chose. On a continué à creuser, le tout en acoustique. J’ai par la suite électrifié mon banjo pour avoir un peu plus de patate. J’ai ressorti tout le matos que j’avais avec ma guitare, mes pédales d’effets et mon ampli à lampes. Tom a branché des pédales et un ampli. Et c’est parti sur un projet vachement plus rock qu’on ne le pensait au départ.
 

Quel a été votre parcours musical avant Gliz ?

Flo : On a eu plein de groupes par le passé. Tom et Mitch sont autodidactes, moi je suis éduqué, je suis allé au conservatoire pendant dix ans ! J’ai appris la flute traversière au début puis la guitare et le banjo.
 

On compose comme un groupe de rock avec un tuba, une batterie et un banjo ?

Tom : Ce sont des instruments qui non pas l’habitude de se rencontrer dans ce milieu, donc les instruments nous emmènent où ils veulent.

Flo : On joue une musique intuitive. Il n’y a pas de suspens sur un banjo, tu joues et ça fait « planc », c’est rèche. Un accord de guitare en revanche, tu peux le faire durer vingt secondes. Le tuba, tu ne peux pas faire de jam, ce n’est pas du tout la même attaque qu’avec une basse. On défriche parce qu’on ne connait pas d’autre groupe qui fasse cette musique avec ces instruments. C’est ça qui est intéressant, on a l’impression de sortir des sentiers battus.

Tom : On est des aventuriers !
 

Est-ce qu’il y a selon vous un morceau qui vous représente plus qu’un autre sur cet album ?

Tom : On ne va pas être d’accord.

C’est le but.

Flo : Je trouve que “Cydalima” est une bonne synthèse du groupe. Il y a des univers et des ambiances différentes. On entend le banjo électrique et il y a des fenêtres uniquement avec le banjo en acoustique. Ça pourrait être notre carte de visite.

Mitch : Il globalise bien ce qu’on a fait aussi sur nos deux précédents EPs. Le premier était plus folk dans le son, le second plus pop. Sur ce titre, on trouve enfin notre signature.

Flo : “The Cave” aussi. Nos deux singles en fait, sont assez représentatifs de ce que l’on fait.
 

Est-ce que le Jura vous influence dans votre musique ou vous auriez pu composer ce même album à Paris?

Flo : Je ne pense pas. Pour créer, tu prends des ingrédients. C’est un agglomérat de plein de trucs qui trainent, tu mixes ça, tu fais cristalliser soit un roman, soit une peinture, ce que tu veux. Et la colle, c’est ce que tu as vécu. Nous, vu qu’on habite dans la brousse, je pense que forcément ça s’entend dans les compositions et même dans le choix des instruments finalement. Ce ne sont pas du tout des instruments urbains. On se nourrit de l’imaginaire américain, des instruments qu’on peut trouver à la Nouvelle-Orléans. Si tu regardes juste la photo de notre groupe, tu peux t’imaginer un groupe américain, un peu cramé. Nous, c’est plus du folklore jurassien, avec un côté roots, rural. Si on avait des machines, on ne se définirait pas comme un groupe jurassien. Là, on peut assumer.
 

Vous êtes signés sur le label Youz ?

Flo : C’est notre tourneur qui a aussi un label indépendant à Mâcon. Ça nous a aidé pour financer l’album, son enregistrement, tout ce qui tourne autour. On n’est pas autoproduits, on ne cherche pas les fonds, on fait juste de la musique. Ça nous laisse plus de liberté et ça nous fait une sacrée base en terme d’organisation.
 

La prochaine étape pour Gliz ?

Mitch : Un deuxième album, on ne sait pas trop pour quand.

Tom : Mais déjà accumuler les dates et faire une belle tournée sur l’année qui vient. Essayer de se faire un bel été avec de chouettes festivals.

Flo : On vient de nulle part, personne ne nous connait. On arrive à Paris mais il y aura peut-être dix personnes ce soir, on ne sait pas.
 

Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ?

Flo : Le dernier album de Thom Yorke, Anima, je scotche dessus. J’adore ce mec et je trouve que les textures qu’il y a dans cet album sont incroyables.

Tom : J’adore le dernier album de Balthazar, je le trouve super. Les Belges sont en train de tout cartonner.

Mitch : je suis un peu moins branché sorties en ce moment, mais j’ai beaucoup accroché sur l’album de Clara Luciani. Je le trouve magnifique, je suis tombé amoureux d’elle. Elle habite où ?
 

Cydalima est disponible ici.

Gliz en concert :
09 Oct : Fête des vendanges de Montmartre – Paris (event)
12 octobre : L’atelier – Cluses (w/ Eiffel)
13 octobre : Le Pax – St Etienne
2 novembre : J’peux pas j’ai Jeanine – Salans
9 novembre : Les 4 Écluses – Dunkerque
20 novembre : Festisol – Besançon
5 décembre : Le Brin De Zinc – Chambéry
6 décembre : Les 3 Loups – Trélou-sur-Marne
18 décembre : Le Darius Club – Lons Le Saunier
20 décembre : Echo System – Scey sur-Saône
7 mars 2020 : Festival Hibernarock – Aurillac