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L’Age d’Or : “On est des écolos de la musique, mais ne marque surtout pas ça en titre !”

Photo : Margaux Duroux

“Un orage magnétique provoque des fluctuations brusques et intenses du magnétisme terrestre liées aux variations de l’activité solaire”. Il ne s’agit pas d’un extrait d’un nouveau hors-série de Science & Vie mais bien de la présentation du nouvel EP du duo parisien L’Age d’Or intitulé Orage Magnétique. Révélé grâce à plusieurs EPs et son premier album Shades Of Us (2017) sortis sur le label XVIIIp, le duo vient de dévoiler sa toute première oeuvre audiovisuelle élaborée et présentée pendant un an lors de différents festivals A/V à travers l’Europe. Cette pièce de quatre morceaux pose les bases du nouveau live de L’Age d’Or, mêlant sonorités électroniques, projections vidéo et programmation lumineuse.

Le musicien Valentin Fayaud et le vidéaste Nicolas Michel y mettent en exergue le côté émotionnel et sentimental de la musique électronique, entre IDM et musique ambient, s’assurant que l’image ne soit pas simple accompagnatrice de ce voyage sonore mais plutôt le révélateur de la puissance et de la finesse d’Orage Magnétique. On a rencontré L’Age d’Or pour lui poser quelques questions sur la genèse de cette oeuvre qui sera présentée pour la toute première fois en France ce samedi 26 octobre à La Boule Noire. On vous fait gagner des places sous l’interview !
 


 

Le Bombardier : Lorsque j’ai écouté Orage Magnétique, je n’ai pas tout de suite reconnu L’Age d’Or tel que je le connaissais auparavant. Quel a été le déclic qui vous a fait prendre ce virage?

Valentin Fayaud : On est un duo totalement audiovisuel avec un vidéaste qui est Nico et moi à la production musicale. On s’est concentrés à fond sur le live et on s’est détachés de la scène musicale parisienne pour tourner sur la scène européenne « arts numériques ». On a eu la chance d’être invités à pas mal d’événements qui touchaient beaucoup plus à la culture digitale et numérique en règle générale, sous toutes ses formes : des performances, des workshops, des installations… Pendant un moment, on n’a pas pu défendre notre premier album Shades Of Us. On a vite bougé sur de la performance, ce qui fait que ça fait deux ans qu’on n’a pas joué en France. Notre dernier concert français était la finale des Inouis du Printemps de Bourges electro. Je pense que tout cela a influencé notre son. Notre premier album n’était pas vraiment le début de notre projet, je dirais même que c’était une phase de transition parce qu’on venait de se séparer de toute la partie instrumentale, notre batteur et même d’un quatrième membre pendant un court laps de temps.

On s’est rapprochés de quelque chose de beaucoup plus électronique, où l’on avait le temps de dégager des titres plus longs en live : on a pu faire de l’ambient, arriver à des thèmes très texturés où l’on prend le temps.

C’est un peu ça qui a amené cet EP : on l’a créé en même temps qu’on le jouait en live. Pour nous cette mutation nous paraît logique mais si tu le dis c’est que ça a du un peu changer !
 

Vous vous êtes effectivement pas mal déplacés à l’étranger, est-ce qu’il y a un quelconque problème de ce que peut offrir la scène électronique française? Est-ce plus ouvert ailleurs?

Nicolas : Non ça ne vient pas d’un problème, c’est que la scène A/V sur laquelle on joue est très développée à l’étranger donc le public a l’habitude de retrouver ce genre de configuration, chose qu’on retrouve un peu moins en France.

Valentin : Il y a quelques temps, on est arrivés à un stade où on avait un peu grossi et en terme de salles on voulait commencer à taper un peu plus gros. Il faut avouer que quand on fait du support en première partie d’un groupe, amener de la structure scénique et du visuel devient facilement une contrainte et les salles n’étaient pas forcément équipées. Pour les artistes électroniques, on est passés du moment où on était derrière un ordinateur, à un autre où on a commencé à montrer les contrôleurs, et aujourd’hui tout le monde a un VJ et du visuel derrière. Alors en même temps c’est très cool pour nous, parce que ça veut dire que toutes les salles sont à peu près équipées aujourd’hui et sont habituées, et en même temps c’est aussi difficile parce qu’il faut qu’on arrive à montrer que ce qu’on fait, ce n’est pas “Je suis producteur et je loue un VJ qui vient me faire une création”. C’est de la création visuelle à part entière, qui est vraiment à la génèse du projet. Ce sont des scènes qui existent à l’étranger, qu’on appelle A/V, « audiovisuel », qui se retrouvent plutôt dans des scènes électroniques expérimentales mais pas que. On se retrouve des fois sur des meetings avec des gens qui ne font que ça, pour eux c’est normal. En France, je pense qu’il y a eu un gros boom d’un certain type de musique électronique, un peu plus mélodique, qui a pas mal marché, en tout cas en dehors de la scène club dont on ne fait pas vraiment partie. On est plus des musiciens qui viennent d’un background rock, avec une énergie de live. En tout cas, ça a pris un petit temps pour que le visuel soit accepté comme partie intégrante d’une oeuvre. On va dire qu’on a gagné du temps en se rapprochant de structures qui étaient davantage axées vers l’art numérique et contemporain, mais c’était une autre contrainte parce que des fois en terme de son, dans des galeries, ce n’était pas évident. J’ai pris sur moi, ça me rappelait nos premiers concerts !
 

J’imagine que dans la composition de ce nouvel EP, l’intention d’être joué en live était prédominante?

Valentin : Oui carrément. On ne l’a pas fait forcément en même temps. Cet EP, je l’ai composé assez vite finalement dans notre petit local tout pourri des puces de Saint-Ouen. En arrêtant d’utiliser trop d’instruments numériques. Je continue les techniques de sampling que j’aimais bien avant mais il y a aussi beaucoup de synthétiseurs, plus ou moins pourris, joués en live, enregistrés, un truc un peu plus rock’n’roll. Alors ça ne sonne pas complètement crado, il n’y a pas de délire lo-fi derrière, mais en tout cas le process a été beaucoup plus joué. Avant je me prenais un peu plus la tête sur des arrangements. Là c’était un peu plus « straight to the point ». Le berceau des morceaux est assez ambient, il fallait aussi apprendre à faire des morceaux qui prennent le temps, laisser monter la sauce, on ne savait pas forcément bien le faire auparavant. Apprendre à zoner dans un endroit et monter par toutes petites touches : ça nous a appris plein de choses de travailler comme ça, par exemple sur la dynamique du live, c’est bien aussi de passer de moments calmes à des explosions plutôt que d’être tout le temps au taquet.
 

A partir de quelle matière sonore et visuelle avez-vous créé cette oeuvre?

Valentin : Alors pour le son, la vraie histoire assez drôle derrière ça, c’est qu’avec Nico on bosse parfois ensemble dans nos vies professionnelles respectives. On avait bossé pour une installation sur un workshop pour une marque de vêtements. On avait une commande de son et de visuel et le plan s’est un peu cassé la gueule. J’avais du composer quelque chose de très organique, plus proche de la musique électro-acoustique, dans le field-recording, des sons d’ambiance en gros sur plusieurs thèmes. Je me suis retrouvé avec quatre ou cinq morceaux très intéressants et je m’en suis servi comme un berceau pour recomposer par-dessus, me servir de ce côté texture. J’ai branché les synthés et j’ai joué dessus (rires)! C’est de la composition sur du sound-design, c’est d’ailleurs ce qui nous a amené à l’appeler Orage Magnétique : quelque chose d’un peu tellurique, organique, minéral, rocheux. On s’est carrément influencés de ça pour la création de l’image.

Nicolas : On a changé par rapport à ce qu’on proposait avant, on était sur de la création liée à de la captation vidéo. On en a gardé bien sûr parce que ça nous intéresse toujours mais aujourd’hui j’utilise aussi bien de la 3D, que de la 2D, de la captation, etc. Maintenant, l’idée était d’avoir une idée globale pour une musique, et essayer avec différents supports de parsemer cette musique et créer une composition vidéo en utilisant plusieurs supports.

C’est une technique qu’on va surement réutiliser pour plus tard, garder à l’esprit qu’on est libres et qu’on peut utiliser plusieurs outils.

Valentin : On s’est détachés de l’approche figurative en enlevant la prise de vue réelle. A part quelques trucs en 3D, on est partis sur des textures beaucoup plus abstraites même si dans nos chansons et dans notre live on essaie toujours d’avoir une trame narrative. C’est un peu le truc mystique dans la musique électronique : c’est souvent le titre que tu vas donner à ton morceau qui va évoquer une idée aux gens et en même temps c’est totalement arbitraire. On aime bien jouer la-dessus, se demander quel est le thème dans la musique et dans le visuel.
 

On ne retrouve quasiment que des instrumentaux sur cet EP, sauf le dernier titre.

Valentin : Le chant, ce n’est pas quelque chose que j’ai envie de redévelopper maintenant. Aussi pour un truc simple, c’est que souvent la voix est connotée “leadership” sur scène, c’est plus compliqué à assumer. J’aime bien expérimenter en studio mais je n’ai pas vraiment envie de développer cet aspect sur scène. En même temps, on a un background pop qui fait que quand on compose un morceau, on aurait envie de poser une petite ligne et d’écrire un petit truc. “Red Cloud” était l’opportunité d’avoir un morceau qui sortait de l’ambiance de l’EP, on est partis sur un hommage un peu drum’n’bass electronica qu’il y avait fin 90’s avec une voix trip-hop. Je ne connaissais pas Camille, c’est Théophile de notre label qui nous a écrit un texte et qui nous a proposé cette artiste pour faire une session de voix. Elle a enregistré sa voix sur une instru qui n’était pas du tout la même qu’actuellement, juste la batterie est d’origine.
 

Y a-t-il eu un morceau plus compliqué à finir que d’autres?

Valentin : Celui-là, ou « Opia », celui qu’on a sorti en single parce qu’on s’était rendus compte qu’il avait un fort potentiel. Il a d’abord été composé sur la partie ambiante qui est très longue avant qu’elle ne parte sur la fin, c’est ce qu’on a dévoilé aussi à la toute la fin de la vidéo. Je pense que c’est cette partie finale qui était la plus difficile à trouver. On hésitait entre soit continuer à faire monter la sauce et partir trop violent, on se disait qu’on avait enfin réussi à créer de l’attente, on n’en a pas mis dans tous les sens, que c’était compliqué de ne pas partir dans quelque chose de too much. En tout cas j’adore ce titre et je pense qu’on a trouvé une bonne formule pour garder quelque chose d’un peu minimal et classieux pour finir un morceau comme ça. Le petit arpeggio au final, il a été rajouté à la toute fin alors que le titre était presque prêt et fini, il aurait pu sortir juste comme un titre ambiant qui se serait fini à six minutes au lieu de sept.

Nicolas : C’était le plus vieux aussi.

Valentin : Et c’était aussi un morceau qu’on avait déjà commencé à jouer en live, pas vraiment sous cette forme là.
 

Après votre concert à La Boule Noire, quels sont vos projets?

Valentin : La veille de la Boule Noire on sera à Cracovie pour un live en 360° qu’on n’a encore jamais fait, avant que la Gaité Lyrique ne soit chaude pour nous inviter ! On pourra dire qu’on l’aura déjà fait. La Boule Noire, c’est vraiment un truc qui nous chauffe à fond parce que ça fait trop longtemps qu’on n’a pas joué pour les potes, pour les gens qui nous soutiennent, nos meufs qu’on saoule. Là c’est un peu l’occasion de montrer tout ce qu’on a fait.

En fait, j’ai hâte de voir que les gens se disent « Ah ok, ils n’étaient pas en train de rien faire ! », et c’est à ça que ressemble L’Age d’Or maintenant.

Il faut aussi signaler qu’on va aussi jouer des anciens morceaux pour les fans de la première heure! On les remixe continuellement. On est un peu des écolos de la musique, mais ne marque surtout pas ça en titre ! Notre projet sur le long terme, c’est de jouer un maximum en France, sous quelconque forme d’ailleurs, parce qu’on a développé d’autres types de performances, des workshops, des ateliers. L’an dernier, on a fait des ateliers avec des classes de lycéens pour leur montrer comment faire de la création musicale et visuelle, c’était chanmé. Ce n’est pas la base même de notre travail mais si par ce biais-là on a plus l’occasion de se produire et de rentrer dans quelque chose d’un peu transmédia, de se retrouver dans des petites galeries et de rester dans la scène live électronique française, ce sera déjà chouette.

Nicolas : En tout cas on attend vraiment cette date de La Boule Noire!
 

Qu’est ce que vous écoutez en ce moment?

Valentin : Il y a trop de trucs que je voudrais mettre en avant! Aujourd’hui est sorti une petite bombe, le dernier album de Trentemoller. C’est une grosse tuerie. Très honnêtement, j’en ai un peu ma claque des revivals 80’s dans tous les sens et bizarrement c’est le seul type que je supporte. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé avec les années 80 mais tout le monde se les ai prises dans la gueule d’un coup. Il ne l’a pas trop fait sur cet album, mais globalement il a pris une direction très post-punk, synthwave et tout depuis un moment, il l’a dit dans des interviews qu’il arrêtait la techno et compagnie. Et là pour moi il a sorti une masterpiece où il a gardé le côté super froid des guitares, et en même temps un truc bien moderne, très electronica. Le nouveau M83, affreux, faute de gout totale. J’aime le M83 des premiers albums qui pour le coup qui était très proche de ce qu’on faisait à nos débuts, un peu pop, un peu glitch. On ne sait pas encore trop si on aime le dernier Alessandro Cortini mais Avanti était génialissime. Puis sinon je crois que Nico et moi on est des gros fans de Nils Frahm, le dernier single est prometteur. On a eu l’occasion tous les deux de le voir en live et c’est l’une des meilleures performances qu’on a vue. Il nous met d’accord tous les deux.
 

Orage Magnétique est disponible via XVIIIp ici.

L’Age d’Or en concert :
25/10 : Patchlab – Krakow (PL)
26/10 : La Boule Noire – Paris w/ Le Comte (event)

Le Bombardier te fait gagner des places pour le concert de L’Age d’Or le 26 octobre à La Boule Noire. Pour participer, il te suffit de remplir le formulaire ci-dessous :


 

Bonne chance ! Fin du concours le 25 octobre à midi et annonce des gagnants par mail dans l’heure qui suit.